We have a dream…

Écosse suite

Après avoir salué Hagrid, nous redescendons sur la côte Est et trouvons un bivouac sympa au bord de la mer sous la protection du Blackness Castle à quelques miles seulement d’Edimbourg.
Le lendemain va être une journée que j’appellerai Perfect timing tellement elle a été parfaite, tout simplement.
A 5h30 du matin, Michèle est réveillée par un soleil levant resplendissant qui inonde Lapinou de sa bienfaisante lumière. Un des innombrables avantages de Lapinou est qu’il permet de dormir en toute sécurité sans avoir besoin de tirer les stores occultants sur les baies vitrées et une autre particularité, du pays cette fois, c’est comme le territoire se trouve sur une latitude un peu plus élevée qu’en France, et bien à cette période de l’année, soit à la mi-mai, il fait jour très longtemps, de 5h du matin jusqu’à 22h30 facile, ce qui permet d’avoir des journées bien remplies si on ne traîne pas trop le matin…
Donc aujourd’hui, à 5h30 précise, exceptionnellement tout le monde est debout ce qui va permettre un décollage opérationnel vers les 7h du mat, du jamais vu! Destination la banlieue de l’immense ville d’Edimbourg à la recherche d’un garage Nissan pour faire changer les plaquettes de freins avants colombiennes qui ont rendu l’âme juste quand on est arrivé à l’extrême nord de l’Écosse. Depuis on roule sans frein… Enfin presque, car je peux encore me servir du frein à main qui agit seulement sur les roues arrières mais quand je suis obligé d’appuyer sur la pédale de frein, ça fait un peu des étincelles côté disque… Mon vrai soucis c’est que le NISSAN atleon n’est pas importé en Angleterre, donc pas sûr qu’on puisse trouver le bon modèle de plaquettes de frein en stock et vu l’étroitesse des routes et le relief plutôt vallonné du pays, ce n’est pas évident de faire du tourisme dans ses conditions. On trouve la rocade qui fait le tour d’Edimbourg et on prend au hasard la première sortie que l’on trouve qui nous amène directement devant… un garage Nissan! Bin oui, c’est comme ça depuis que je suis tout petit. Si je dis toujours qu’il suffit d’y croire et d’être positif, c’est bien qu’il y a une raison. Bon, il est 7h30 et le garage est encore fermé, donc j’en profite pour me balader à pied dans la zone industrielle et je trouve un garage poids-lourd ouvert. J’explique mon cas au boss qui, après un moment de réticence, me demande d’amener le camion. Youpee! Et la magie c’est mise en route, le gars super sympa nous a d’abord indiqué un centre commercial avec wifi juste derrière le garage pour que nous puissions aller faire les courses et donner des nouvelles par internet le temps qu’il démonte les plaquettes de freins pour voir si il pouvait trouver les bons modèles puis, à notre retour une heure plus tard, comme il nous annonce qu’il n’aura les plaquettes que vers les 13h, il nous indique la proximité immédiate d’une ligne de tramway qui va nous emmener directement dans le centre ville historique d’Edimbourg. Parfait, plus de problème de parking ni de circulation, le temps aujourd’hui est redevenu ensoleillé, idéal pour une visite urbaine, y’a plus qu’à, faut qu’on…
Bien que nous ne soyons pas, loin de là, des adeptes des citées, il nous faut bien reconnaître que la ville d’Edimbourg, ou tout au moins son centre historique puisque nous n’avons vu que celui-ci, est vraiment éblouissant. Une multitude de bâtiment à l’architecture recherchée foisonne sur un immense site vallonné, de somptueux jardins fleuris égayent les lieux et ma foi de forts beaux commerces, certes touristiques mais également typiques comme cette immense taverne spécialisée dans le négoce de vêtements d’occasion des années 50/60/70/80 qui semble faire fureur, agrémente harmonieusement la ballade. L’intérieur de la cathédrale St Gilles est époustouflant et d’une qualité de restauration et de peinture irréprochable pour un profane comme moi. Les traboules qui relient les différentes artères du vieux centre-ville escarpé sont absolument charmantes et nous trouvons un joli pub typique pour apprécier le fameux haggis écossais (panse de mouton farcie) et le typique mais un peu galvaudé fish and ships dans un décor de rêve. Le whisky est hors de prix, les fabricants de kilts un peu trop exotiques pour nous, les joueurs de cornemuse délicieusement kitch, mais qu’il est bon pour une fois de déambuler dans une ville à l’atmosphère si surannée et si paisible que le temps qui s’est remis au beau semble si être arrêté.
17h, les aiguilles se sont remises implacablement à tourner et le tramway nous ramène doucement dans la banlieue d’Edimbourg pour récupérer Lapinou équipé de plaquettes écossaises flambantes neuves et c’est reparti pour un tour. Youpee!
Nous poursuivons notre descente de la côte Est.
Saint Abb’s head, la patrie des pingouins qu’on nous avait dit. Moi je m’imaginais trouver les mêmes batteries de pingouins que l’on voit,comme à la télévision, agglutinés en masse sur la banquise en hiver et que simplement là, au mois de mai, bin ils prenaient leurs vacances d’été sur les plages écossaises…
Mon kilt! En réalité c’est juste une variété de canard, (des razorbills qui disent dans le coin) qui viennent nicher sur les flancs des falaises locales. Bon d’accord, il y a une jolie balade à faire le long des falaises avec un vent à décorner les bœufs mais heureusement que l’on n’a pas fait un détour de 1000 kilomètres pour voir simplement un canard que l’on n’a même pas le droit de transformer avec une orange…
Heureusement, toujours d’après mon principe de la balance positive et de l’équilibre naturelle des choses, hier soir au bivouac nous avons fait la connaissance de Jonah, un ancien militaire qui vit, depuis maintenant 12 ans, en permanence dans son fourgon. Ah! On ne risque pas de le rater quand on croise sa route: Fourgon couleur Kaki avec rideaux métalliques de protection autour des vitres, fil de fer barbelé autour des poignées de portes et des ouvertures, grands étendards à l’avant et à l’arrière portant haut le drapeau écossais, squelette posé délicatement sur le siège passager, grenade accrochée au rétroviseur et j’en passe encore bien d’autre… Pas vraiment envie de trop s’approcher du fourgon si vous voyez ce que je veux dire, des fois qu’il y aurait un gros berger-allemand de camouflé derrière le tuyau d’échappement ou une mine anti-personnel soigneusement enterrée. On se gare donc sagement un peu plus loin en donnant la consigne à Couic d’aller pisser de préférence du bon côté du fourgon et nous voilà parti pour une bonne balade à pied le long de la falaise.
A notre retour, une espèce de brute barbue et tatouée de partout vient à notre rencontre… Pour le moment l’individu a l’air souriant mais parfois on peut quand même se tromper sur les supposées bonnes intentions de l’homme… Couic, sûrement impressionnée, à avaler sa langue et n’aboie même pas. Un ange passe…, la brute caresse Couic et encore un formidable moment d’échange et de partage s’offre à nous. L’intérieur du fourgon de Jonah est un petit bijou avec une foultitude d’objets décoratifs dont je me demande bien comment ils font pour ne pas tomber quand le véhicule roule… En réalité ils sont tous collés avec une espèce de pâte amovible ma foi visiblement fort efficace. Nous repartirons avec l’effigie d’un petit Greenman dont visiblement Jonah est fan et qui est venu tenir compagnie au petit paysan équatorien et aux multitudes d’esprits qui habitent maintenant Lapinou.
Encore Merci Jonah pour ta gentillesse et ce moment si agréable. J’espère que tu arrivera à aller au bout de ton rêve et que nous pourrons nous rencontrer de nouveau un jour en Amérique.

Aujourd’hui nous descendons toujours plus au Sud, les haltes s’établissant au fur et à mesure des châteaux que nous rencontrons. Nous arrivons à la frontière entre l’Écosse et l’Angleterre et choisissons la ville d’Alnwick comme point de bivouac. Le château entièrement restauré et son parc sont gigantesques, nous suivons un des nombreux murs d’enceinte du site sur pratiquement une dizaine de kilomètres! La répartition équitable des richesses de ce monde n’est pas encore pour tout de suite… L’arrivée dans le centre-ville confirme cette réflexion. Nous sommes dimanche soir est bien que pratiquement tous les magasins soient fermés, une faune importante d’individus au look un peu négligé hante encore les lieux. Y aurait-il eu un lâché de ploucs dont nous n’aurions pas été informé? Quoi qu’il en soit, nous décidons de trouver un lieu de bivouac plus champêtre en dehors de la ville pour y revenir seulement le lendemain sous un soleil de plomb.
Le château d’Alnwick est richement (le mot est faible…) meublé. Cela fait bien longtemps que je n’ai pas remis les pieds au château de Versailles mais la confrontation pourrait bien être surprenante. L’allusion à la bataille de Waterloo est d’ailleurs bien présente dans le château tout comme les animations mises en place pour occuper les enfants qui sont déguisés en combattants médiévaux, soit anglais soit écossais (j’ose espérer que c’est aux choix des participants…) et ses enfants sont ensuite dirigés sur le pont levis où ils sont vivement invités à aller se mettre activement sur la gueule… L’immense donjon est encore régulièrement occupé par un (trou) Duc et sa nombreuse famille et l’aménagement et le mobilier présent dans les nombreuses pièces sont d’une richesse inimaginable pour un petit plouc comme moi. La bibliothèque m’a particulièrement ébahi, un peu dans le style de celle que l’on peut voir dans les films d’Harris Potter. Des collections de tout et n’importe quoi inondent pièces et couloirs. C’est beau mais cela me laisse trop une impression de  » No limit… » En tout cas, les enfoirés qui nous dirigeaient (et qui nous dirigent toujours d’ailleurs), vivent vraiment dans un autre monde. Ce n’est pas demain que l’on va les croiser à Lidl, sauf peut-être aux conseils d’administration. Cette vision de tant de luxe affiché, qui sous-entend bien sûr tant de richesse non affichée, obtenu à partir de tant de traîtrises et d’exploitations humaines, risqueraient de finir par me rendre réellement anarchiste ou, à tout le moins, mieux adepte de certaines idées du Mahatma Gandhi par exemple, dont la fameuse désobéissance civile…
Finalement, le nord désertique de l’Écosse est bien plus apaisant pour moi maintenant qu’il n’y a plus à craindre les invasions soudaines de barbares, venus souvent de pas si loin que l’on a bien voulu nous faire croire… Mais pourquoi l’homme est-il toujours aussi cupide et belliqueux? Pourquoi le  » Aimez-vous les uns les autres  » n’est-il destiné qu’à être chanté par des pseudo-croyants dans des lieux de cultes construits pour et par la misère humaine.
Croire en un monde meilleur. La meilleure des cathédrales n’est-elle pas ce mont joliment herbeux dominant un immense espace libre ou les moutons vont et viennent à leur gré? Ça, c’était au commencement, avant que l’homme ne se croit supérieur et devienne si misérablement orgueilleux. Voyager me fait souvent rencontrer un monde meilleur que je ne le pense mais le voyage me montre aussi les séquelles de toutes les abominations dont sont capables les dirigeants humains bien sûr, mais pas seulement eux, car sans les immenses troupeaux de moutons sans cervelle qui les suivent, aucun ne pourrait accomplir ses tristes missions d’enrichissement personnel. Avec l’abrutissement des masses mis en place il y a déjà quelques temps, dans certains pays d’Asie mais aussi chez nous, on commence à voir le triste résultat. De plus en plus de milliardaires en nombre mais de moins en moins en pourcentage.
Bon, l’humeur étant plutôt noire aujourd’hui, nous mettons le cap sur Whitby, au bord de la mer du nord, avec son immense cathédrale abandonnée qui aurait d’ailleurs accueillie Dracula en personne. Faut bien faire marcher le business… L’arrivé sur la côte Est est plutôt…laide et industrielle. Le temps est gris et les lieux traversés déprimants. Une dizaine de milles avant Whitby, profitant de notre faiblesse morale passagère, le malin jaune s’invite dans le moteur de Lapinou. Dans une brave côte au milieu d’un village sinistre, notre vaillant destrier se met soudain à ralentir, le moteur se met à ratatouiller et commence à fumer bleu par intermittence… Le cœur du plouc s’emballe.

What’s happening my dear?

Absolument aucune idée!

J’allume les feux de détresses, je parviens tant bien que mal en haut de la côte pour rechercher un endroit pour me garer mais les routes sont ici tellement étroites et sans bas côté qu’il n’y a rien pour s’arrêter en sécurité. Lapinou se traîne difficilement jusqu’à l’entrée du dépôt d’un vendeur de voiture. On aurait pu tomber plus mal. Je lève la cabine de Lapinou à la recherche du malin mais rien ne m’attire le regard. Pas de fuite apparente, les niveaux d’huile, d’eau et de carburant sont corrects, au ralenti le moteur tourne bien sans bruit suspect, cette baisse de forme du moteur est étrange. L’ombre de Dracula planerait t-elle par ici? Par acquis de conscience et puisque nous nous trouvons devant un garage, je donne un coup de soufflette sur le filtre à air et nous reprenons notre chemin. Oh! Pas pour très longtemps car deux ou trois milles plus loin, rebelote. Dracula casse toi! On arrive tant bien que mal à Whitby, entre temps au cours de nos nombreux arrêts, j’ai pu identifier le mal, le carburant arrive mal à la pompe à injection. Reste à trouver le pourquoi: diesel de mauvaise qualité, filtre à carburant bouché, fuite sur le circuit d’alimentation, pompe à injection hs, … On a quand même trouvé un palliatif pour pouvoir continuer à rouler un peu. Lorsque le moteur perd de sa puissance, il suffit de presser deux ou trois fois sur la pompe manuelle du filtre à gasoil et c’est reparti pour deux ou trois kilomètres. Je trouve un garagiste à la mine patibulaire dans un boui-boui patibulaire mais bon, pour démonter un filtre à gasoil et le nettoyer, pas besoin d’avoir fait l’école de St-cyr ni de disposer d’un outillage sophistiqué. Le seul problème c’est que le gars doit partir livrer une voiture avec sa vieille dépanneuse pourrie et il nous dit de l’attendre une petite demi-heure.
… On a levé le camps une heure et demi plus tard sans l’avoir jamais revu! Un petit coup d’œil vers la cathédrale fantôme pour voir si on peut y trouver un coin de bivouac sympa mais le coin est un brin sinistre…alors on se déniche un coin plus tranquille juste au bord de la mer avec une vue un peu plus lointaine sur la cathédrale… Le lendemain on trouve un autre garage, changement du filtre à gasoil et comme la nostalgie de notre douce France commence à nous gagner, c’est parti pour un retour éclair au pays. 600 kilomètres d’une traite avec juste une halte rapide dans la ville de York dans le compté du Yorkshire, histoire de montrer à Couic ses origines lointaines.
Lapinou a une âme.
Le lendemain, on prend le ferry pour revenir à Calais. Beau temps, traversée calme, environ 3/4 d’heure de navigation et on retrouve avec toujours un immense plaisir cette bonne vieille terre française. On sort du bateau, Lapinou parcourt environ 500 mètres avant de retomber en panne! Toujours le même problème d’air dans le circuit d’alimentation en carburant. Heureusement que Lapinou a tenu bon jusqu’ici car cela va quand même être plus facile de s’organiser pour rentrer à la maison que si on était resté en panne au fond de l’Écosse! Tant bien que mal on est arrivé à se traîner jusqu’à Rouen où, la mort dans l’âme, on a dû se résoudre à abandonner Lapinou au bon soin d’un garage Nissan qui va essayer de lui redonner un peu de vigueur.
La suite au prochain épisode, dans le prochain voyage.

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