We have a dream…

La Bolivie

BOLIVIE

Nous entrons en Bolivie en longeant le lac Titicaca et faisons une première étape à 2 kilomètres de la frontière dans une petite clairière tranquille au bord du lac à Sahuiña. Le lendemain, passage rapide à Copacabana pour assister aux baptêmes de véhicules devant la cathédrale puis passage sur un bac local pour rejoindre la route qui mène à la mythique la Paz, la ville la plus haute du monde, perchée à 3660 mètres. L’arrivée par les plateaux désertiques et l’immense faubourg poussiéreux d’el Alto balayé par un vent violent surprend un peu, puis la descente sur La Paz, ville tentaculaire au fond d’une gorge vertigineuse titille les pupilles. De loin ça ne ressemble pas vraiment à une ville mais à une multitude de quartiers accrochés à une multitude de ravins… Je ne sais pas si il y a vraiment une rue horizontale à La Paz et les freins de Lapinou s’en souviennent encore… La moitié du lookeed s’est évaporé avant d’arriver à la vallée de la lune où se trouve l’hôtel Oberland, terrain de retrouvailles de nombreux voyageurs en camping car, tout comme peut l’être le parking de la police d’Antigua au Guatemala. Nous manquons d’emboutir le pilier du portail d’entrée du parking, le lookeed Dot 3 d’Amérique à deux balles n’ayant pas supporté la chaleur des étriers de freins. Heureusement que le frein à main fonctionne bien! Nous retrouvons dans la cour toute une flopée de voyageurs: des allemands, des hollandais, des suisses ainsi que deux familles de français qui voyagent avec tout l’éventail possible de véhicules existant sur le marché. Cela va du gros camion 4×4 au vieux combi en passant même par une 4l! On a cru un moment que Jean- Philippe était venu nous rejoindre… Oberland est un hôtel suisse relativement luxueux et cela fait du bien de retrouver un peu de confort presque à l’européenne. L’hôtel met à la disposition des voyageurs comme nous, son parking privé plus ses équipements tels que piscine, Spa, bibliothèque, wifi, douches chaudes, wc propres, possibilité d’effectuer son plein d’eau et de vider ses eaux usées, emplacement barbecue, etc… pour seulement 5€ par personne. En supplément on peut même profiter de tout un tas de services tels que masseuse, laverie, électricité, restaurant chic, distributeur bancaire juste à côté de l’hôtel, etc… En résumé, un excellent endroit pour faire une petite pause bienvenue dans la dure vie de routard… Nous allons y rester 6 nuits.

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On en profite pour visiter un peu le centre de La Paz et surtout prendre une assurance couvrant tous les pays limitrophes avec la Bolivie. On nous a indiqué la Boliviana Ciacruz Seguros qui fait ce type de contrat pour des véhicules étrangers moyennant une prime de 120$ pour l’année mais il va nous falloir 5 jours pour obtenir le contrat… Je n’ose même pas imaginer l’efficacité de cette compagnie en cas de sinistre! Et puisque on est dans le coin, on décide de louer une moto pour aller expérimenter la fameuse route de la mort qui relie les glacials sommets enneigés de l’Altiplano avec la touffeur des Yungas, à la frontière de l’Amazonie. 3600 mètres de dénivelé sur une soixantaine de kilomètres… Le sympathique loueur MTB, juste à côté de l’hôtel Oberland, nous fournis une belle Suzuki 650 DR ainsi qu’un guide génial, Tito, qui va nous accompagner avec un Honda 400 XR. Départ à 9 heures du mat pour un retour à 19 heures. Encore une journée inoubliable. Nous rejoignons le col de la Cumbre par de superbes pistes avant de descendre jusqu’au village de Coroico par la nouvelle route goudronnée de la mort qui serpente sur une autre cordillère parallèle à l’originale. Les paysages sont superbes et on passe en quelques heures d’un climat un tantinet frigorifique à une chaleur tropicale… On prend le repas de midi dans une charmante auberge au dessus de Coroico qui offre une superbe vue sur l’ancienne et la nouvelle route de la mort. Puis on va enfin attaquer le morceau de choix en espérant ne pas y laisser notre vie… Car maintenant, les seules vies que prend cette piste maudite, sont celles des touristes, le plus souvent en vélo, et qui viennent chercher des sensations fortes en dévalant la cordillère sur des vélos de location parfois plus ou moins bien entretenus. A partir de 15 heures, tous les vététistes sont arrivés ou morts et la piste devient libre pour les fous du volant ou du guidon, prêts à effectuer une montée d’enfer. Attention, Satanas arrive!
… Bon, Satanas…, il a quand même pris un coup de vieux et il arrive à peine à suivre le guide… Il est pas bien fini de cuire notre Tito, il doit avoir une prime sur le nombre de décès! En tous cas, on rigole bien, celui qui freine est un lâche… On atomise deux couples d’australiens sur leurs motos BMW surchargées puis on s’arrête pour prendre des photos. On attend ensuite qu’ils arrivent pour les aider à relever leurs fers à repasser qu’ils doivent échapper à chaque arrêt et on remet gaz jusqu’au prochain arrêt photo… Attention, techniquement la route de la mort peut se faire avec une 4L et la piste est suffisamment large sur la plupart du parcours mais l’environnement est fabuleux et il y a deux ou trois passages de toutes beautés. Loin de me rapprocher de la mort, el camino de la muerte m’a fait rajeunir très provisoirement de 20 ans! … Mais je n’échangerais quand même pas mon RZR contre une moto… Il y a un temps pour tout! … Et puis, à force de faire les bourrins à deux sur la moto, est arrivé ce qui devait arrivé… A deux kilomètres de la route goudronnée, je crève et on se fait redoubler par les australiens, la honte, l’histoire du lièvre et de la tortue quoi. Tito va me changer rapidement la chambre à air par une neuve qu’il va sortir de son sac (c’est l’avantage d’avoir recours à un organisateur fiable) puis on rejoint la route goudronnée où on va enfin mettre définitivement la pige aux australiens. Faut pas déconner trop longtemps, non mais quand même! Bon, le soir, masseuse obligatoire, parce-que une journée de moto à plus de 3000 mètres d’altitude, quand on a perdu l’entraînement, si ce n’est pas aussi fatiguant que la montée du Cerro Machu Picchu, ça laisse tout de même quelques traces… Encore un grand merci à Tito pour ses magnifiques photos, son assistance irréprochable, sa gentillesse… et son absence de cerveau, lol!

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Samedi matin
Nous avons enfin récupéré notre carte d’assurance et nous reprenons la route, direction le parc national de Sajama où j’ai repéré des sources d’eau chaude naturelles dans un cadre idyllique face au volcan Sajama qui m’attirent follement. Nous quittons le goudron au bout de trois heures de route pour rentrer dans le parc Sajama par une très belle piste légèrement sableuse, juste comme il faut pour nous assurer un confort pullman. Nous passons par le typique village de Tomarapi, cassons la croûte dans Lapinou au bord de la piste, puis suivons les panneaux indiquant « Aguas termales 8 km ». Au bout de 8 km, il y a bien deux ou trois habitations mais pas âme qui vive… et pas de trace de bains bouillonnants… On essaye de suivre une petite piste sablonneuse qui semble se diriger vers des fumerolles (de bains bouillonnants?). Puis la piste devient trop étroite pour continuer, on finit donc d’avancer à pied, pour se rendre compte que les fumerolles sont en fait juste de la poussière déplacée par des troupeaux de lamas… Fausse piste! On repart donc avec Lapinou en marche arrière… jusqu’à ce que je trouve un endroit pour faire demi-tour! Et hop, en deux temps trois mouvements, voilà mon Lapinou proprement enterré dans un sol volcanique juste meuble à souhait… Et là, pas de tracto-pelle à l’horizon à moins de 50 kilomètres…, encore moins de voiture, même pas de mobylette, rien de rien de rien à des kilomètres à la ronde! Boulettes… Bon, bin de toute façon, on n’a pas bien d’autres choix que de ressortir la petite pelle pliable de tapette et les plaques de désensablage, en espérant qu’elles seront plus efficaces que la dernière fois où on s’est ensablé à Campo René au Mexique. Je ne suis pas très optimiste car la dernière fois, dans le sable, on avait juste la roue avant droite qui s’était enfoncée dans du sable mou et on a jamais pu sortir, et là, aujourd’hui, on a carrément tout le côté du camion droit qui est ensablé et en plus il faut remonter sur le chemin! Mais vu que l’on n’a pas d’autre solution, il faut bien y croire! On creuse donc, on place les plaques de désensablage sous les deux roues de droites, on met quelques pierres sous les roues arrières gauche, Mich peaufine le terrain en répandant quelques herbes sèches et « va y Jeannot! Mets du gaz!  » Une fois, deux fois, trois fois, on creuse, on remet les plaques et l’inespéré va se réaliser! Au bout du troisième essai, Lapinou va sortir victorieux de ce piège de sable volcanique. Les lamas applaudissent, Michèle jubile et moi, je suis aux anges! Encore un bon moment de passé, mais le soleil est en train de décliner rapidement et de sources chaudes, toujours point! Il va donc falloir nous trouver très bientôt un coin pour bivouaquer. On reprend donc la piste, on tourne un coup à droite, un coup à gauche, on traverse un hameau abandonné un peu lugubre et on finit au milieu de la pampa, à la nuit noire, sur une piste qui, à nouveau, vient à se rétrécir… Et c’est reparti en marche arrière, sauf que maintenant il fait nuit et qu’il faut encore que je refasse demi-tour et que j’aimerai bien éviter de refaire la même connerie que tout à l’heure… Bon, de toute façon il va bien falloir se lancer à un moment ou à un autre. Soudain j’entrevois sur ma gauche un espace un peu plus dégagé que les autres, alors hop, un coup de volant à gauche, un grand coup de gaz et ça passe ou ça casse! Lapinou bondit en marche arrière, tangue violemment de droite à gauche pour finir par se frayer un passage dans le talus sableux. Suffisamment cette fois-ci, pour que je puisse réavancer sur la piste sans glisser en contre-bas dans la partie molle. Ouf! Fin de l’acte numéro deux… Tout à l’heure, on a repéré quelques habitations avec un semblant de vie, plus qu’à essayer de retrouver la bonne piste, de ne pas se coincer bêtement dans le petit passage à gué que l’on vient de franchir et ça devrait le faire. Chance, les deux boliviennes qui occupent les habitations repérées, sont moins peureuses que les péruviens… et plus commerçantes! Elles viennent à notre rencontre avec leur lampe électrique et nous proposent de nous garer dans leur cour moyennant la somme de cent bolivianos!!! Le même prix qu’à l’hôtel trois étoiles de la Paz… C’est fou le nombre d’indiens qui ont vu la vierge. Après discutions, les sources chaudes sont toutes prêtes d’ici mais il est trop tard pour que l’on essaye de les trouver, je leur donne 20 bolivianos, histoire de faire un peu du social, et on se gare tout de travers dans la cour. Pour aujourd’hui, ça va suffire. Une pomme et dodo!

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Deux kilomètres de marche à travers l’altiplano et les alpagas et nous voilà aux fameuses sources chaudes de Sajama. Le site est superbe, enchâssé entre les volcans enneigés les plus hauts de Bolivie. La température de l’eau est idéale, la piscine naturelle est suffisamment grande pour que l’on puisse y nager et plus on se rapproche de l’arrivée d’eau, plus c’est chaud… En plus on est seuls, divinement bien pour s’harmoniser une nouvelle fois avec la nature qui nous environne. On va y rester deux heures à tremper et à remercier la nature pour ses bienfaits et pour tout le bien-être qu’elle peut nous procurer. On rejoint la route goudronnée par la même piste qu’à l’aller. Elle était tellement agréable à parcourir, moelleuse à souhait avec son revêtement sablonneux certainement très récent, que pour une fois, j’ai du plaisir à repasser par le même chemin. Petite halte à l’église de Tomarapi où nous avions prévu de nous restaurer dans l’auberge d’une association locale, mais à l’heure où nous sommes passés ils devaient être tous à la messe… Ou au bar dans le village voisin! et direction Potosi, le trésor de l’ancien monde avec ses fameuses mines d’argent grâce auxquelles les pays de la vieille Europe doivent leurs développements.

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Quel dommage que les livres d’histoire manipulent ou omettent le plus souvent la vérité. Combien d’entre-nous savent qu’entre 1545 et 1825, ce sont pas moins de 40 000 tonnes d’argent qui vont être extraites du Cerro Ricco de Potosi et rapatriées en Espagne pour financer l’empire espagnol déjà lourdement endetté auprès de banques étrangères. Qui sait que « grâce » à cette manne financière qui tombait sans effort, la monarchie espagnole, au lieu de s’enrichir en acceptant de partager ses richesses avec son peuple et en développant sa propre économie, va préférer maintenir son pays dans un moyen- âge avancé tout en permettant aux pays limitrophes de développer eux, leurs commerces extérieurs et leurs industries. En devenant les fournisseurs de l’Espagne, ce sont les pays de la vieille Europe qui sont devenus les bénéficiaires finaux de cette masse monétaire. Pendant que l’Espagne faisait construire à grands frais moult palais et palaces avec des produits venus d’ailleurs, les commerçants et artisans du reste de l’Europe s’enrichissaient et se perfectionnaient. L’Europe de la renaissance et du mercantilisme n’aurait pas connu toutes ses avancées sans l’argent de Potosi. La France allait ainsi pouvoir bientôt s’affranchir de sa royauté qui, elle aussi, essayait de bloquer la montée en puissance et l’enrichissement du peuple dont faisait parti les commerçants et artisans. Et c’est ainsi que le monde est entré dans l’ère du mercantilisme, à cause d’une petite montagne de rien du tout, paumée dans un coin désert et glacial de Bolivie…
C’est en tout cas ce que prétend le Lonely Planet.
En ce qui concerne les ploucs, une fois arrivés à Potosi, nous allons visiter la Casa Nacional de la Moneda, lieu où ont été frappées pendant plus de trois siècles les makukinas, monnaies coloniales de l’empire espagnol. Au début les pièces étaient en argent pratiquement pur et étaient valables non seulement sur tout le continent Sud américain mais également sur tout le territoire espagnol, un peu comme un euro en avance sur son temps quoi… Puis, avec la chute du cours de l’argent et l’indépendance des colonies la source s’est tarie. Potosi, qui en 1560 avec 160 000 habitants, était une des villes les plus importantes du monde avec plus d’habitants que dans le Paris de l’époque, est alors retombée dans l’oubli. Nous n’en garderons d’ailleurs pas un souvenir impérissable d’autant que bientôt, dans le Salar d’Uyuni, un peu plus au Sud, une nouvelle ville éphémère d’importance mondiale va peut-être aussi bientôt voir le jour et peut-être la remplacer avec la découverte récente du plus grand gisement mondial de lithium sous cette croute de sel… Est-ce que la Bolivie va enfin pouvoir profiter de ses richesses?… Rien n’est moins sur! En attendant, avant que tout soit défiguré, privé, interdit, et que les panneaux « no Trepassing » ne viennent à fleurir, c’est là notre prochain objectif: le Salar d’Uyuni.

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Jusqu’à Potosi, la traversée de l’altiplano n’a rien de transcendantale, d’autant que même les pompistes viennent gâcher le trajet lors des ravitaillements en carburant… En effet, le gouvernement bolivien n’a rien trouvé de plus malin, pour financer soit disant les infrastructures touristiques à venir, que d’imposer un prix du carburant spécifique aux véhicules en plaques étrangères! C’est ainsi que si le diesel vaut pour le bolivien environ 35 centimes d’euro le litre, le péruvien, le brésilien ou, à fortiori, le français qui vient visiter le pays avec son véhicule, doit payer en théorie pratiquement le triple du prix national! Au moment de notre passage, le prix gouvernemental était de 9,2 bolivianos soit pratiquement un euro. Résultat des courses, quand on veut prendre du carburant, soit le pompiste refuse de nous servir parce-qu’il ne veut pas s’embêter à tenir une double comptabilité soit il faut discuter pour essayer de se faire servir sans facture à un prix inférieur au prix fixé par le gouvernement. En pratique, on arrive ainsi à faire le plein sans facture pour un prix oscillant entre 50 et 70 centimes d’euros, certes c’est nettement moins cher que cheux nous mais c’est un peu saoulant d’avoir à discuter à chaque fois avec des gens pas toujours aimables. Si encore, en payant le prix fort, on était sûr que l’argent aille bien à la destination finale initiale, mais rien n’est moins sûr. Pour les plus radins, il reste la solution d’aller faire le plein avec des jerrycans qu’il faut remettre à des boliviens pour pouvoir ainsi payer le prix bolivien… La phrase favorite des touristes motorisés qui se rencontrent en Bolivie est donc souvent: « Combien tu as payé ton dernier plein? » ou bien « J’ai fait un super coup dans la ville machin… » Moi je trouve tout ça un peu bof, bof… Donc, si la route jusqu’à Potosi était bien monotone, bin la route de Potosi jusqu’à Uyuni, c’est à peu près du pareil au même. En tout, presque 700 kilomètres à se faire chier grave! L’altiplano, un nom qui fait rêver… Bin pour nous, je vous promet que ça ne nous fait plus vraiment rêver! Le paysage est tout pelé, inhospitalier au possible et le jour, quand le soleil brille , tu crames par 35 à 40° tandis que la nuit tu te les gèles par moins 20°! Le mythe de l’altiplano, encore un délire d’intellectuel… Bref, on arrive à Uyuni par une belle journée ensoleillée et nous commençons directement par aller sur le site du cimetière de trains à vapeur d’une époque révolue et dont les photos vues sur le net m’ont souvent fait rêver. La magie opère encore sur moi mais laisse Michèle indifférente, et c’est l’appareil photo qui va en faire les frais, alors que je m’apprêtais à jouer Butch Cassidy en train de sauter d’un wagon à l’autre, en pleine attaque du train convoyant la paye des mineurs! Chute mortelle d’une locomotive des années trente, c’est le premier verdict des protagonistes puis, après une réanimation forcée de la part d’une Michèle, rongée par la culpabilité, seul subsistera un handicap à 60%! Donc, disculpe, mais les photos seront sûrement tout de suite un peu moins bien, l’appareil s’allumant une fois sur deux et le zoom se bloquant deux fois sur trois… Suite à cet événement dramatique, on retourne à Uyuni, comme vous vous en doutez, dans la bonne humeur… pour essayer de trouver un tour opérateur qui va pouvoir nous faire visiter le Salar d’Uyuni et le sud Lipez en 4×4 dans de bonnes conditions. Le Lonely Planet nous met en garde contre la tentation de prendre le tour opérateur le moins cher car, avec la croissance incessante du tourisme dans ce coin du monde, chaque année de nouvelles agences se créent, au détriment de la qualité et il commence à y avoir des accidents mortels dus au mauvais entretien des véhicules et à la fatigue excessive des chauffeurs… En bon lecteurs bêtes et disciplinés, nous sélectionnons quatre agences. La première, Hidalgo tour, une des agence les plus anciennes et fiables de Bolivie nous reçoit comme des malpropres. La grognasse de service, que visiblement nous dérangeons, nous demande d’une façon fortement antipathique ce que nous voulons? Bin tiens, la pouffiasse, deux places pour Saint Didier les bains pour demain, tu peux nous avoir ça peut-être?! Qu’est-ce qu’elle croie, l’autre, que l’on est venu jusque là pour voir sa gueule? Elle nous annonce faire seulement les itinéraires de trois jours Salar d’Uyuni plus Sud Lipez en « tour privatif » et ceci pour 700$ par personne! On lui a dit qu’elle pouvait aller se gratter tout en pensant que de toute façon, vu sa tronche, même au tarif normal de 110$ par personne, il aurait été hors de question que l’on passe par son agence. On se dirige donc vers la deuxième agence… que l’on ne va jamais trouver! On se rendra compte plus tard qu’elle avait déménagée. On cherche la troisième qui, elle, a définitivement disparue pour finir par arriver enfin à localiser la quatrième. Là, tout était bon jusqu’au moment où on en est venu à parler de Couic… Et là, niet! Pas de chien autorisé dans les 4×4. A partir de ce moment là, la moutarde a commencé à me monter au nez et le choix a été vite fait. On a frappé à toutes les agences qui se présentaient et la première, qui a accepté les chiens, a fait l’affaire! On a compris le lendemain, pourquoi… Cette agence n’était pas réellement un tour opérateur puisqu’elle n’avait pas de véhicule propre mais se contentait simplement de trouver des clients pour compléter les 4×4 des autres tour opérateur lorsque ceux ci n’arrivaient pas à trouver les 6 touristes requis par véhicule. C’est donc une fois que tous les vrais tour opérateur sont partis avec leurs vrais clients dans des 4×4 complets que l’agence regarde qui reste sur le tapis et se charge de les regrouper dans d’autres 4×4 disponibles. Pour cette fois, on a eu de la chance et nous ne sommes pas tombé sur un 4×4 pourri comme on a pu en voir certain, et on a même eu un chauffeur super sympa. Cerise sur le gâteau, dans notre véhicule, à part les deux vieux, se trouvait deux belles et sympathiques jeunes hollandaises ainsi qu’une mignonnette belge… Le sixième et dernier touriste étant un timide brésilien.
Les paysages traversés sont parmi les plus fascinants de l’Amérique latine, ici se mélangent déserts de sel, montagnes ocres et noires magnifiées par la lumière du soleil, qui parvient jusqu’à ses hauts plateaux, intacte et brûlante. A moins que quelques orages ne viennent perturber ce jeu de lumière…
Ça, c’est ce qui est écrit dans « Le petit futé », parce que si le Salar d’Uyuni a bien voulu nous laisser entrevoir ses charmes, le Sud Lipez, lui, n’a pas voulu de nous! Après avoir passé une belle journée dans le Salar, nous nous arrêtons pour la nuit dans une glaciale auberge de sel. Heureusement que nous avions pensé à prendre nos duvets et sous vêtements chauds mais le lendemain, la surprise du jour nous attendait dehors. La neige s’était invitée durant la nuit, blanchissant les sommets des volcans environnants mais surtout, bloquant le passage du col donnant accès aux merveilles du Sud Lipez: les Lagunas Colorada, verde, l’arbol de piedra, etc… Nous allons quand même essayer de nous en approcher mais, arrivés à la laguna Hedionda nous sommes pris dans une tempête de neige qui rend dangereux la poursuite de la piste en direction du col. Des congères commencent à se former et on annonce plus de un mètre de neige au col! Tous les 4×4 des agences se regroupent alors près de la lagune et il est décidé de prendre un itinéraire de dérivation en convoi. Le vent se déchaîne et parfois la visibilité se réduit à néant. On n’aperçoit même plus le 4×4 à quelques mètres devant nous! La neige, damée par le passage des véhicules tout terrains, devient verglacée et bientôt les 4×4 se trouvent immobilisés dans une petite côte… Bonjour l’ambiance! Seuls les meilleurs survivront… Heureusement là, la solidarité joue à plein, et il y a foule pour pousser les 4×4 et pour casser la glace qui s’est formée sur la piste. 35° au soleil qui disait l’autre blaireau… On finit la journée dans un bled pourave, balayé par des vents sibériens et dans une auberge encore plus glaciale que la première. Mais comment est-ce que les gens peuvent bien faire pour pouvoir vivre dans des coins aussi pourris que ça…??? Le lendemain, comme nous nous sommes éloignés de la zone enneigée, nous nous dirigeons sur la « valle de rocas », un site sûrement très beau si une tempête de sable ne commençait pas à se lever… Incroyable, après la tourmente de neige hier, le vent recommence à se lever et nous allons nous retrouver bloqués dans le village où nous avons passé la nuit, par une belle tempête de sable. On ne voit plus à un mètre et on prie pour que le toit de la masure où on a trouvé refuge, ne parte pas vers des cieux meilleurs… Vers les 15 heures, notre chauffeur nous fait signe de nous engouffrer dans le 4×4 pour essayer de nous rapatrier sur Uyuni par la route principale. Parfois il est obligé de s’arrêter sur le bord de la piste, la visibilité étant nulle. Dans ses moments là, il ne nous reste plus qu’à prier pour que le car qui nous suivait tout à l’heure, ne vienne pas nous percuter par l’arrière… ou que l’un des énormes camions de transport de combustible que nous croisons régulièrement, ne soit pas conduit par un chauffeur plus kamikaze que les autres! C’est donc avec soulagement que nous atteignons quelques heures plus tard la ville désormais fantôme d’Uyuni. Ville fantôme car la tempête de vent a fait disjoncter l’unique centrale de production de courant et toute la ville est plongée dans l’obscurité la plus totale. Des détritus jonchent le sol de partout et la vision de la ville est apocalyptique. Un des plus beaux paysages du monde, qui dit le guide… Bin le sud Lipez, y veut vraiment pas de nous!
Le lendemain, il fait de retour grand beau… En plus, il se fout de nous ce coin du monde! On quitte le bled sans regret, on double une file impressionnante de 4×4 et de véhicules divers qui attendent tous le retour du courant pour pouvoir faire le plein de carburant à l’unique station d’essence locale… Sur ce coup là, j’ai été bien inspiré de faire le plein dans cette station lors de notre arrivée ici, il y a trois jours! …même si cela a été au plein tarif, toujours à cause de l’affluence de tous ses touristes…!
Et dire qu’il y a quinze jours, c’était une grève qui a bloqué les touristes dans la ville pendant cinq jours! Si ce n’est pas les problèmes d’approvisionnement en carburants, ce sont des problèmes sociaux ou des problèmes de météo qui viennent apparemment souvent faire chier le pauvre touriste qui vient se perdre ici.
… Commence à me gaver grave ce pays!…
Tiens, en remontant sur Potosi, juste à la sortie de ce bled pourri d’Uyuni, on croise le camion qui venait approvisionner la station de carburant, renversé sur le côté et partiellement brûlé. Encore une chance que l’on ne se soit pas trouvés en face lorsqu’il a raté son virage! Sont pas près de faire le plein les pauvres inconscients qui essayent de survivre dans ce trou à rats, là-bas en bas, au bord de l’immense salière où le diable a perdu son poncho.

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Nous voilà maintenant arrivé à Sucre, la capitale administrative du pays. Tiens, pour une fois on trouve une ville jolie et agréable! Peut-être est-ce du à notre déception d’Uyuni… Nous trouvons sans peine la place centrale du 16 juin où se déroule une fête de tous les diables pour célébrer la victoire, au championnat national de foot, de l’équipe locale. Musiques, feu d’artifice et cortèges de fans et de véhicules aux klaxons excités bloquent rapidement tout le centre ville. On attend que ça se calme un peu pour trouver une autre place plus calme pour passer la nuit. Le lendemain, on fait un tour de ville et de marché tranquille dans l’une des villes les plus agréables que l’on ait visité en Amérique du Sud. (même si on n’en n’a pas visité beaucoup…). Ensuite recherche d’huile américaine pour moteur diesel pour faire la vidange de Lapinou. Pas simple l’affaire, pourtant nous sommes dans la capitale… Tous les commerces ont de l’huile américaine pour moteur essence mais pas pour moteur diesel et pas question que je mette l’huile à salade de fabrication nationale dans le vaillant moteur de Lapinou. Après une vingtaine de tentative, je trouve enfin mon bonheur et Lapinou repart avec de l’huile Castrol toute neuve, prêt à affronter les dures pistes du parc de Torotoro… Je me suis en effet mis dans la tête de retrouver une piste, en partant de Puente Arce pour rejoindre le village de Torotoro en passant par les villages de Poroma et Carasi car un membre d’un forum de véhicules tout terrain de voyage, sur lequel j’aime bien aller, affirme qu’il faut un 4×4 pour l’emprunter alors que mon opinion globale est que toutes les pistes sont parcourues par des petits camions locaux deux roues motrices… Faut donc que j’aille vérifier si ce gars a une petite bi.. ou pas!

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Ça commence bien, on n’arrive déjà même pas à trouver l’entrée de la piste… Et tantôt on nous dit qu’elle est impraticable tantôt on nous dit qu’on peut passer tranquille avec Lapinou!
Wait and see. Pour le moment, il fait nuit et on bivouaque dans un petit hameau, au bord d’une rivière et entourés par des chèvres.

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Nous passons une nuit bien tranquille, juste réveillés à 6 heures du mat par deux énormes déflagrations de dynamite…? Paraît-il que c’est pour célébrer la fête des mères qui a lieu aujourd’hui! Z’ont de drôle de façon d’utiliser la dynamite ici. Un peu plus loin d’ailleurs, nous allons voir un panneau signalant l’interdiction de pêcher à la dynamite… Apparemment ici, l’usage de la dynamite n’est pas réservée uniquement à l’exploitation des mines! On va essayer d’éviter de fâcher les autochtones…

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On finit par trouver l’entrée de la piste de Poroma, un peu avant le puente Arce et on en profite pour prendre à bord Sandro et ses 500 kilo de patates, comme ça, on sera sûr de ne pas se perdre et si jamais cela venait à arriver, on aura de quoi manger pendant un sacré moment! En tout cas, rien ne pourra jamais remplacer le GPS humanoïde et heureusement que Sandro était là car je crois bien que sans lui, on serait encore en train d’errer dans la cordillère centrale, et sans patate… Le début de la piste est superbe et un peu impressionnant. La présence de Sandro nous rassure bien que, juste après être monté dans la cabine, il se soit signé discrètement… La piste est étroite et monte rapidement bien au dessus du lit de la rivière. Le panorama est splendide, nous passons des flancs d’une cordillère à une autre, du lit d’un ruisseau à un autre et nous allons ainsi parcourir une cinquantaine de kilomètres de pur bonheur, dans une nature enfin accueillante. Poroma, petit village perdu au beau milieu de la cordillère centrale. Nous y faisons une halte ravitaillement avec cours de géographie particulier à Kevin et Ali, deux petits garçons particulièrement agréables et curieux de tout. Pour un peu on les emmenait avec nous à Carasi… On reprend la piste, on roule un moment dans le lit extra large d’une toute petite rivière puis on remonte pour traverser de nouveau la cordillère centrale par de toutes petites pistes étroites et raides afin de pouvoir rejoindre encore une autre vallée où devrait se trouver le hameau de Carasi… Pour le moment on va s’arrêter sur une crête pour profiter du superbe paysage et du soleil couchant qui va bientôt baigner le hameau de Torrapampa ainsi que toute la cordillère environnante. Mektoum
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Nous quittons Julian, l’infirmier du hameau qui nous a indiqué la piste à suivre. Il nous faut finir de traverser la cordillère latéralement pour changer de vallée et redescendre jusqu’à un autre rio où nous devrions trouver un grand pont bétonné. Carasi devrait se trouver à 1/2 heure du pont. La piste de crête est absolument superbe, la descente sur le rio est un peu plus tendue… La piste est bonne mais la déclivité importante m’oblige à freiner pratiquement tout le temps et j’ai un peu peur que le lookeed n’atteigne de retour son point d’ébullition. Ça ne serait pas vraiment une bonne nouvelle! On s’arrête dans un hameau à mi-pente où l’institutrice nous annonce que la piste principale qui remonte du pont à Carasi n’est pas praticable mais qu’on devrait peut-être pouvoir passer par l’ancienne piste… La tension dans Lapinou monte d’un cran. On arrive tendus comme des strings sur le pont! On est déjà arrivé jusque là, c’est déjà pas mal et si jamais il faut faire demi-tour, c’est encore faisable. Je pensais trouver quelques habitations ou quelques traces de vie autour du pont mais visiblement c’est mort! Un superbe pont à double voie d’une centaine de mètres de long qui relie… rien à rien! L’institutrice nous a dit de prendre à droite après le pont, mais à droite on peut juste rentrer dans le lit sablonneux de la rivière, on décide donc d’aller tout droit. Oh, pas pour longtemps car à peine 500 mètres plus loin, un éboulement nous barre le passage. On continue un peu à pied pour voir si ça vaut le coup de se dégager un passage mais 200 mètres plus loin, c’est un ruissellement qui a carrément enlevé la piste.
Fin du parcours? Je n’ai pas vraiment envie de retourner à Puente Arce par la même piste que par laquelle on est venu mais j’ai peur que l’on n’est pas vraiment le choix. On retourne sur le pont en marche arrière et on part à pied rechercher un passage éventuel dans le lit de la rivière et là, chance, on voit au loin de la poussière soulevée par un 4×4 qui annonce peut-être une possibilité de poursuivre notre aventure! Les occupants nous confirment l’existence de l’ancienne piste pour aller à Carasi mais nous mettent en garde sur deux ou trois passages un peu délicats.

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Pas de problème! On n’est pas des tafioles…
Délicat qu’ils disaient… Je n’ai jamais eu aussi peur de ma vie! De toute façon, une fois engagé, je n’avais plus vraiment de solutions alternatives. Pas moyen de faire demi-tour et une piste en très mauvais état laissant juste un passage à peine de la largeur de Lapinou, le reste de la piste ayant disparue dans les ravins. Le tout étant bien sûr à franchir, non, plutôt à gravir, avec une pente de montée impressionnante. Alors que jusqu’à présent, j’avais toujours passé toutes les difficultés sereinement sur le couple du moteur entre 1500 et 2500 tours/minute, là, le régime moteur s’est curieusement mis en accord avec celui de mon palpitant… Oublié le trial, gaz et tout en force! Curieusement mon expression favorite, « seuls les meilleurs s’en sortiront », résonnait étrangement dans mon cerveau un peu affolé. De toute façon, vu l’état désastreux de la piste, les ravins à droite ou à gauche, voir même parfois les deux en même temps, je n’avais droit qu’à un seul essai et en cas d’échec… Hélicoptère svp! Donc, Mich et moi, nous nous sommes mis en apnée, et je vous promets que, pendant les cinq kilomètres environ qui relient le pont à Carasi, nous avons tous les deux trouvés le temps très long. Le rugissement du moteur de Lapinou nous a littéralement porté au dessus du vide et parfois j’avoue avoir eu la pensée que ça n’allait peut-être pas passer mais la force de Lapinou m’a supplanté et c’est un miracle que nous soyons arrivé presque entier à Carasi. Lapinou a juste perdu dans la bataille une bavette arrière droite avec son feu et le marche-pied avant droit c’est déboité! Rien à comparer de ce que cela aurait pu être si on s’était coincé… A chaque difficulté on se disait intérieurement que c’était sûrement là dernière puisque on nous avait annoncé seulement deux ou trois passages difficiles et puis à chaque virage cela devenait de pire en pire et impossible de s’arrêter, on n’aurait jamais pu redémarrer! Heureusement j’étais porté par l’idée que le 4×4 que l’on venait de croiser était descendu par cette piste et que, si il était descendu, moi, petit blanc, devrait bien arriver à remonter… Je me demande encore si le 4×4 est bien passé par cette piste ou si nous ne nous sommes pas trompés à une bifurcation que nous aurions loupée. Lorsque sont apparues les premières maisons du village, on ne savait pas vraiment si c’était bien le village de Carasi mais de toute façon, même si cela n’avait pas été le cas, on l’aurait rebaptisé Carasi pour pouvoir s’y arrêter respirer.
Là, je crois que l’on ne peut pas faire mieux avec nos moyens. Ça y est, je suis rassasié et satisfait d’avoir pu parcourir quelques unes de ses pistes qui m’ont fait tant rêver. Si notre passage dans le sud Lipez avait calmé notre enchantement, le centre du pays nous réconcilie avec la Bolivie. Nous venons de parcourir entre Puente Arce et Carasi, une centaine de kilomètres de piste à travers des paysages époustouflants. Je ressens les mêmes émotions que sur les pistes du Pérou bien que les paysages soient totalement différents. Heureux de n’avoir (presque) rien cassé, nous nous arrêtons en pleine campagne pour laisser la tension accumulée retombée doucement grâce à la beauté de la montagne sous le soleil couchant. Finalement le gars du forum BMH Story’s n’était pas une petite bi..!

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Bon, le coin en pleine campagne était finalement le point de ralliement de tous les bergers du coin pour attendre le bus de nuit… qui s’est arrêté juste derrière Lapinou à 2 heures 48 minutes du matin! Alors que Mich dormait à poings fermés, dans Lapinou on se serait cru en plein jour tellement il y avait de lampes électriques qui détaillaient le gros cube rouge, insolite et étrange. Le tandem a eu son petit succès et je m’attendais à ce qu’il finisse sur le dos d’un âne mais non, les campesinos ont été bien sages. Au bout d’une demi-heure d’effervescence, les ânes ont été chargés comme des mulets et presque tout le monde a pris le chemin du retour vers le tas de terre qui lui sert d’abri. Tout le monde évidemment sauf un! Celui là, un vrai de vrai, a du confondre Lapinou avec son tas de terre et tout le reste de la nuit, il l’a passé à se frotter contre Lapinou, à roter et à ronfler. Une première fois j’ai fais sonner l’alarme en espérant que ça le chasserai mais je n’ai eu qu’une demi-heure de répit. Lorsque j’ai senti de nouveau Lapinou bougé, là je me suis un peu énervé, j’ai ouvert la porte pour lui dire haut et fort que j’aimerai bien dormir! … Mais c’est que le bougre il serait bien rentré voir à quoi ressemble l’intérieur de Lapinou et en plus, voilà t’y pas qu’il me demande ce que j’ai à vendre? Holà gars, on n’a pas été garder les chèvres ensembles! Il a du voir que je m’étais levé du pied gauche et il a enfin fini par s’éloigner en grommelant…
Cette fois ci, raté pour le coin tranquille en pleine campagne, on aurait mieux fait de dormir sur la place du village!
Du coup, on décolle à 8 heures du mat, record à battre! La piste qui rejoint Torotoro est bien meilleure et traverse encore et toujours un paysage de rêve. Nous avons l’impression d’être sur le toit du monde, les pistes surfent à l’infini sur les crêtes des montagnes dans un espace de pure liberté, la lumière du soleil levant est magnifique, la vue qui porte indéfiniment et à 360° sur les montagnes qui nous observent semble irréelle. Le temps s’arrête un instant pour nous permettre de fixer ses images à jamais dans notre cœur. La Bolivie remonte grave au hit-parade… Nous arrivons à Torotoro vers les midi, après pratiquement trois jours de piste et environ 150 kilomètres de bonheur. Nous aurons donc eu un merveilleux aperçu de la cordillère centrale, idéale à traverser car pas trop haute (maxi +/- 3000 mètres), donc pas de neige qui pourrait bloquer le passage et pleins de bonnes pistes de partout. Merci à Sandro, à Julian et à tous ceux qui nous ont bien aidé à ne pas nous perdre!

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Nous prenons enfin la route des missions à travers un nième plateau sans fin. Notre but est San José de chiquitos où nous avons prévu un arrêt dans une auberge tenue par un français, la villa Chiquitanas. Pas fâché d’y arriver, tard le soir, après une journée de route et de piste fastidieuse. Une fois de plus la ville est pourrie, heureusement que l’église des jésuites sauve un peu la mise et surtout, nous allons avoir droit le soir, à une superbe répétition d’un concert baroque, d’instruments à cordes, que doivent donner les jeunes élèves d’ici deux jours à… Toulouse!
C’est pas juste, ils vont tous être en France avant nous!!!
… Bon, allez, on se ressaisit! Non mais c’est quoi ses histoires!!! On a une chance inouïe d’être ici et on voudrait être ailleurs? Hop! 8 jours sous une benne. Je vais te les calmer moi, ses ploucs!
On quitte le lendemain cette charmante ville pourrie pour ne pas prendre le risque de se faire bloquer par les barrages qui commencent à se mettre en place pour manifester apparemment contre la nouvelle répartition des listes électorales en vue de l’élection présidentielle d’octobre. Les cantons de la Paz et de Potosi sont déjà bloqués et avant que le mouvement s’étende on file se faire arnaquer une dernière fois à la station d’essence du coin. Premier essai, la meuf est tellement antipathique que l’on repart sans même essayer de discuter le prix et on fait le plein dans la station suivante, surveillés de très près par les militaires, et au plein tarif… Cette histoire de double prix établie une ségrégation injuste entre les utilisateurs, ségrégation que je ressens vraiment comme un racisme envers les touristes étrangers et qui me prend maintenant carrément le choux. En plus on a eu droit à une nouvelle version, comme quoi cette loi aurait en réalité été édictée par l’autre indien Morales pour éviter que les habitants des pays limitrophes avec la Bolivie (où le carburant est beaucoup plus cher) ne viennent faire du trafic d’essence… Comme si nous, on allait aller revendre la moitié de notre plein au Brésil! Sont vraiment pas fini de cuire ici! Donc terminée la Bolivie et bonjour le Brésil! On aura vraiment un souvenir plus que mitigé de la Bolivie alors que la plupart des voyageurs rencontrés ne semble jurer que par ce pays… En ce qui nous concerne, on a préféré mille fois le Pérou! Certes il y a quelques endroits vraiment sympa où j’ai pu réellement communier avec la nature mais il y a tellement de distances importantes à parcourir dans des paysages plus que quelconque entre deux centres d’intérêt que ce plaisir est vite dilué. A cela vient s’ajouter la relative froideur de la population, l’impossibilité de communiquer avec les paysans des hautes montagnes qui parlent seulement le quechua ou l’aymará et cette saloperie de loi sur le prix des carburants que s’empresse d’appliquer avec délectation les plus abrutis des pompistes et vous obtenez un cocktail à faire fuir un vieil ours pourri de plouc! C’est donc sans regret que Lapinou avale les derniers 500 kilomètres de platitude de ce pays pourri à la vitesse du son pour arriver au plus tôt au pays du foot, l’immensissime Brésil.
…Ça tombe bien, j’aime (pas) le futebol…
Mais pourquoi ai-je tant envie de rentrer? Cela n’aurait pas pu attendre encore deux ou trois mois? Pourtant tout se déroule parfaitement ici mais je pense que comme toujours, il y a un temps pour tout et que nous sommes allés au bout de nos capacités à vivre en nomade sur une période aussi longue. Un an et demi que nous vivons 24h/24 dans Lapinou avec un égal bonheur, c’est déjà pas mal. Maintenant il est temps de passer à autre chose, revenir à une vie un peu plus sédentaire, temps de reconstruire quelque chose professionnellement, temps de reprendre contact avec notre famille et nos amis qui nous manquent tant, même ce bourricot de grincheux de Serge… Alors on va essayer de disfrutar encore un peu au Brésil, aller rêver sur les chutes d’Iguacu, longer les plages de rêve du Sud Brésil au bord de l’océan puis passer notre dernière frontière pour arriver en Uruguay et y dénicher un beau bateau qui nous ramènera notre Lapinou à la maison. On aura ainsi réalisé notre rêve jusqu’au bout et c’est bien le plus important. On aura été jusqu’à plus soif, on ne regrette rien et si c’était à refaire, on le referait exactement de la même façon. Alors un petit conseil, si vous avez les boules de rentrer de vacances au bout de 3 semaines et bien partez un an et demi et vous serez ravi de rentrer! Lol!

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