We have a dream…

Le Pérou 2

Le Pérou 2

Carabamba Trujillo, une jolie petite route serpente à travers un paysage vallonné, dans un petit village on longe tout un flanc de montagne moucheté par de petits campements de chercheurs d’or, un peu plus loin une autre montagne est aussi exploitée pour ses gisements mais à une autre échelle… Barbelés, miradors et matériels ultra modernes se chargent d’exploiter la moindre parcelle d’or potentielle et c’est carrément la montagne entière qui est découpée en tranche et reconstituée un peu plus loin, au prix d’une pollution de la terre et de l’eau inimaginable. Nous traversons des paysages désertiques et la route, maintenant parfaitement asphaltée par les compagnies minières, nous monte à plus de 4000 mètres. Il fait un temps de chien. Pluie et brouillard nous accompagnent. Nous allons nous arrêter pour la nuit à 3000 mètres, dans un petit hameau tranquille. Le lendemain je me lève juste à temps pour pouvoir admirer le lever du soleil sur ses belles montagnes. Un peu plus tard, un convoi de fourgon de la Brinks monte à l’assaut du col, certainement pour aller un peu plus loin, chercher l’or arraché à cette terre. Nous prenons la direction opposée pour arriver à Trujillo. Nous faisons recharger par précaution notre bouteille de gaz puis c’est la séquence anecdote qui va commencer. On n’est vraiment pas fait pour la ville.
Premier rond point dans la ville de Trujillo. Un gars nous fait signe d’un problème apparemment sur la roue avant, puis un second nous fait aussi de grands signes…
Je m’arrête au milieu du rond point et descend pour voir si je n’ai pas crevé et le gars revient vers moi pour me dire que je suis en train de perdre la roue avant!!! Il me fait garer sur un parking un peu plus loin, se précipite sous le camion et me ressort un caoutchouc de protection de rotule de direction tout crevé et me dit qu’il faut changer la rotule, que je ne peux pas rouler comme ça et que ça va bientôt casser… Il me prendrait pas pour un lapin de 3 semaines celui-là! En plus un gars fait discrètement signe à Mich que visiblement on essaye de m’embrouiller. Raté pour cette fois les gars, après vérification visuelle du bon état de mes rotules de direction, on met vite les voiles à la recherche d’une grande surface pour faire le plein de charcuterie, de fromage français et de plein de bonnes choses.
Et là, deuxième anecdote! Après avoir fouiné pendant plus d’une heure dans tous les rayons et que le chariot est pratiquement plein, alors que Mich est en train de rêvasser devant le rayon des crème de beauté et que moi je fais pareil devant celui des accessoires auto, hé bien on se fait piquer notre chariot! Je vois Mich arriver toute affolée, avec les bras pleins de course, qui me demande où j’ai mis le chariot??? Mort de rire! S’ensuit une course poursuite dans tout l’hypermarché pour essayer de retrouver le chariot aux merveilles. Je vais le retrouver cinq minutes plus tard, dépouillé de tous les produits frais que nous y avions stocké… Retour donc à la case départ et c’est reparti pour la chasse aux bons produits du terroir…français! J’ai beau expliquer à Mich qu’un employé a sûrement du croire que le chariot avait été abandonné , elle est furax et la fin des courses est animée. Cerise sur le gâteau, la caissière me demande mon passeport pour le règlement par carte. C’est bien la première fois que la carte d’identité ne suffit pas. Donc le temps de retourner le chercher dans Lapinou, puis le temps qu’elle aille chercher la chef pour essayer de déchiffrer mon passeport et on va attendre encore une bonne demi-heure en caisse! Tout ça pour finir sans double du ticket de paiement par CB. Tottus de mes coui….
Il est déjà 14 heures alors on en profite pour manger sur le parking et…
….3ème anecdote! Alors que je manœuvre, Mich vient me dire qu’il y a un drôle de bruit au niveau de la roue arrière gauche. Elle prend le volant et je vais écouter un horrible bruit de ferraille qui se promène dans le tambour de frein arrière!!! C’était bien la peine de faire refaire à neuf les freins avant de partir! On ne peut absolument pas rouler avec un bruit pareil. J’hésite à démonter le tambour de frein sur place et on m’indique un garagiste juste à la sortie du parking. Celui-ci ne peut pas faire les travaux et m’envoie vers un spécialiste des freins sur la route de Huanchaco. Ça tombe bien c’est justement près de la plage où on a prévu d’aller passer la nuit… On ne va pas trouver le spécialiste mais on atterrit devant un espèce de bouiboui qui répare les pneus dans la poussière. Je fais écouter le bruit inquiétant au pépé qui s’active sur des vieilles roues de vieux camions et il me fait garer sur le côté du terrain. Je ne vois pas trop ce qu’il pourra faire si il y a quelques choses de cassé mais, à tous le moins, le coin à l’air tranquille pour y passer la nuit! Comme il est bien occupé pour le moment avec plusieurs crevaisons à réparer, je commence à démonter. Je sors le tambour pour voir avec effroi que tout est en place à l’intérieur du tambour, le système de freinage est en parfait état! Et si le bruit infernal ne venait pas de l’intérieur du tambour…c’est peut-être bien qu’il venait de l’intérieur du pont! Et là, c’est beaucoup plus grave… Les images se succèdent à la vitesse du son dans mon cerveau et mon optimisme est soudain en berne. Un problème sur le pont est difficilement réparable d’un coup de baguette magique… Je vais demander un deuxième cric hydraulique au papy pour mettre le pont arrière sur chandelles et faire un essai en faisant tourner le pont à vide pour essayer de mieux localiser le bruit.
Une fois le train arrière de Lapinou en l’air, je fais tourner les roues à vide… Rien! Le pont tourne normalement, sans bruit! Mich s’installe au volant, démarre le moteur et enclenche la première…, rien! Même avec le moteur en route, tout semble parfait. Le moral remonte un peu. Mais qu’elle pouvait bien être l’origine de ce bruit tout à fait anti-mécanique et que tout le monde a bien entendu! Un examen approfondi de l’environnement va m’apporter la réponse. Juste sous le tambour, perdue dans la poussière, se trouve une pierre polie de la taille d’une grosse balle de ping-pong. Le fait qu’elle soit tout propre au milieu d’autres, toutes poussiéreuses attire mon attention. Un examen de l’intérieur de la jante va confirmer mes soupçons, celle-ci est toute martelée. J’en déduis donc que c’est cette pierre qui a du se coincer entre la jante et le tambour lors d’un passage sur une piste, ce qui explique qu’on entendait le bruit à très basse vitesse lors des manœuvres où la pierre était plus ou moins libre de frotter sur la jante et le tambour mais que, dès que l’on roulait, avec la force centrifuge, la pierre s’immobilisait sur le bord de la jante et on n’entendait plus rien. En tout cas, pour le moment, plus de bruit et un gros soulagement pour moi! Je remonte tout et basta, direction la plage pour aller faire connaissance avec des argentins qui sont partis il y a 8 mois pour faire un tour du monde sur 10 ans avec un vieux car et leurs 3 grands enfants. Ils viennent d’être obligé de changer leur boîte à vitesse et ils sont restés immobilisé ici pendant 3 mois! Ils commencent fort. On leur souhaite bonne chance pour la suite des événements.
Après une bonne nuit bien fraîche sous une agréable brise maritime nous mettons le cap sur le cañon del Pato.
Quatrième anecdote. Sur la panaméricaine qui traverse un désert minéral et qui est encombrée de gros camions, je me fais arrêter par la police après avoir doublé un escargot soit disant sur une double ligne jaune continue. Pas vu la ligne jaune… J’ai un peu comme un gros doute sur son existence mais j’attend de voir la suite que vont prendre les événements. Le jeune policier me demande les papiers du véhicule. Carte grise, puis permis de conduire. Pas de problème. Puis…il me demande l’assurance du véhicule! Bin ça tombe bien, on n’en a pas d’assurance… A la frontière il n’y avait pas de bureau pour prendre une assurance et on a cru que c’était comme au Nicaragua et que l’assurance n’était pas obligatoire ici… D’après ce que nous avons pu lire sur les blogs et sur les guides, la police du Pérou ne serait pas des plus facile… De toute façon, dans tous les pays traversés, on a toujours lu ça… Ça va faire l’occasion, une fois de plus, de voir par nous même ce qui l’en est vraiment pour nous! Un quart d’heure plus tard et une petite bouteille de coca bien fraîche en moins, et on est de retour sur la panaméricaine… Toujours sans assurance et sans savoir si celle ci est réellement obligatoire ou non. On s’est déjà fait contrôler au Pérou et c’est la première fois que l’on nous demande un justificatif de l’assurance et une bouteille de coca. Par contre, comme à chaque fois et je tiens à le souligner, les policiers ont toujours été charmants, courtois et à l’opposé de la réputation que la rumeur veut bien laisser entendre. Pourtant Dieu sait si je n’apprécie pas particulièrement tout ce qui peut représenter l’ordre arbitraire mais force est de reconnaître qu’ici, dans notre cas personnel, les forces de l’ordre nous apparaissent comme particulièrement bienveillantes.
Deux heures plus tard… Cinquième anecdote!!! Nouveau contrôle de police juste à l’entrée de la piste du cañon del Pato. Vos papiers s’il vous plait! … Petit moment d’appréhension. Pour faire diversion, on discute de la piste à prendre, de la France, de Paris, ville des lumières et des parfums de luxe. Ce poulet se serait même baigné dans la Seine… Quand il s’aperçoit que le camion est en fait une casa mobile, il « oublie » le contrôle de mes papiers et me demande un…coca bien frais! Et nous voilà rapidement de retour sur la piste poussiéreuse, toujours sans savoir si l’assurance est obligatoire ou pas et soulagé d’un deuxième coca. A ce train là, notre réserve de coca va fondre rapidement… Après la nouvelle sole, la nouvelle monnaie administrative du Pérou pourrait bien devenir le coca glacé!

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Cañon del Pato. Le paysage devient de plus en plus tristounet, la piste longe un torrent tumultueux qui charrie des eaux grises, presque noires. Tout ce qui nous entoure est poussière ou est redevenu poussière. Mines abandonnées, maisons abandonnées, usines abandonnées, ponts abandonnées, la vie semble avoir fui ses territoires de désolations. Nous traversons de nombreux tunnels et de nombreux ponts puis, après de nombreux kilomètres nous retrouvons quelques traces de vies poussiéreuses. Quel contraste avec le dynamisme de la cordillère centrale que nous venons de traverser. Alors que là bas tout était couleurs, nous avons l’impression de passer ici au noir et blanc, ou plutôt au marron et gris. Pour vivre ici, il ne faut pas être aller voir ailleurs… Nous nous arrêtons pour la nuit dans le hameau poussiéreux de Yuramarca où se prépare la fête de la vierge ou de la résurrection du Christ, ça dépend à qui on demande! Moi je m’en fou, je crois juste à mon Dieu à moi qui n’a ni vierge ni Christ et tout ce que je sais c’est qu’on est le jeudi 17 avril 2014, que la procession débute à minuit…et qu’on est garé à 50 mètres de l’église!

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Z’ont finalement été bien sage ses petits péruviens et ils ne nous ont pas empêché de dormir en allant promener la vierge. A partir de Huallanca nous entrons réellement dans le Cañon del Pato, les gorges s’approfondissent et les tunnels succèdent aux tunnels. Le paysage est toujours aussi minéral et tristounet mais nous allons bientôt basculer de la cordilléra négra à la cordilléra blanca et la vie va incessamment reprendre le dessus. Nous arrivons à Caraz, point de bifurcation pour prendre la direction de la Laguna Paron et point de départ d’une longue piste qui va nous monter à plus de 4000 mètres jusqu’au bord d’un beau lac d’altitude où nous allons passer la nuit. J’avais lu sur un blog que la piste du cañon del Pato était très impressionnante et valait largement la fameuse route de la mort de Bolivie… Bof, moi j’ai préféré mille fois la route de Balsas à Célendin, beaucoup plus vertigineuse et souriante. On va attendre d’être en Bolivie pour comparer avec la ruta de la muerte…
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La nuit à 4000 mètres d’altitude a cette fois été un peu plus dure, le soroche, ce fameux mal de la montagne, a essayer de s’immiscer dans nos têtes mais on est arrivé à le maintenir en périphérie, juste un léger mal de crâne, un peu comme si on avait la tête légèrement coincée dans un étau, nous a tenu compagnie pendant une partie de la nuit. Le matin nous partons faire un tour jusqu’au bout de la lagune… Pffff! Je l’avais vu plus petite cette satané lagune, après vérification elle fait quand même 3,5 kilomètres de long la coquine, heureusement que le paysage environnant est fantastique, nous sommes entourés par pas moins de sept sommets enneigés, tous au environ de 6000 mètres quand même. On prie pour qu’il n’y ai pas un séisme comme en 1970, qui avait fait se détacher un pan du glacier causant un cataclysme sans précédant faisant plus de 70 000 morts dans toute la vallée. Chance, aujourd’hui les aiguilles des appareils sismologiques semblent au repos et seule la brume s’agite un peu autour des sommets d’un blanc immaculé. L’eau de la lagune est d’un vert émeraude surprenant et le bleu azur du ciel mêlé à la blancheur des neiges éternelles vu au travers des bosquets de fleurs bleues pâles qui nous entourent, forment un festival de couleur émouvant. Il va bien falloir ça pour nous aider à revenir jusqu’à Lapinou. Nous ne sommes pas encore prêt pour le trek de 8 jours du Machu Pichu…

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Huaraz, gros village dans la vallée entre la cordillère noire et la cordillère blanche. Nous y restons juste le temps de faire le plein de bons produits frais au marché puis nous filons sur la route de Punta Callán qui monte encore et toujours à plus de 4000 mètres et d’où nous avons une vue fantastique sur l’ensemble de la cordillère blanche. Nous bivouaquons à 3800 mètres sur un superbe plateau qui domine Huaraz et avec une vue imprenable sur les sommets enneigés de la cordillère. Après avoir demandé l’autorisation à un local, nous nous sommes installés sur le territoire d’une petite communauté (communidad) et chose surprenante, ce sont eux qui semblent avoir peur de nous… Un, puis deux, puis trois hommes viennent faire la causette jusqu’au moment ou le dernier arrivé, qui semble le chef, me dit qu’il faut une autorisation pour pouvoir rester là! …Comme je lui demande ce qu’il faut faire pour avoir cette autorisation, il me demande de lui montrer mon passeport, au cas ou je sois un voleur en fuite… Faudrait un peu qu’il arrête de regarder la télé celui-là! Il appelle ensuite au téléphone un vigile (alors qu’on est vraiment au milieu de rien… seulement quelques maisons dans un pré) et 5 minutes après, qui voit-on débouler? Un beau gardien en uniforme qui, pour justifier son déplacement, nous fait garer 50 mètres plus loin… Y a pas à dire, un rien les occupe, voir les préoccupe ses péruviens! En tout cas on passe la nuit dans un lieu splendide et le panorama au soleil levant est féerique. Nous allons faire une petite ballade à pieds dans les prés environnants, histoire de ne pas perdre l’entraînement puis nous montons jusqu’aux antennes relais qui culminent à 4300 mètres. La vision qui s’offre à nous sur 360° est encore une fois époustouflante, la plupart des sommets de la cordilléra blanca se sont débarrassés de la brume environnante et en profitent pour nous dévoiler leurs faces d’un blanc étincelant qui se découpent harmonieusement sur le bleu profond du ciel. Encore un grand moment de communion avec la nature. Nous redescendons sur Huaraz par la même très belle route pour prendre la direction de Chavin de Huantar.

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Commentaires sur: "Le Pérou 2" (1)

  1. Magnifique et refait le plein de coca

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