We have a dream…

La Colombie

Ce lundi 24 février 2014 nous posons enfin nos pieds en Amérique du Sud. Encore un vieux rêve qui se réalise. Tous ses noms mythiques, Pérou, Incas, Bolivie, Chili, Salar d’Ayundi, cordillère des Andes, qui résonnaient sans vie à nos oreilles sont désormais à notre portée, juste là, aux bouts de nos doigts. Toutes ses merveilles s’offrent enfin à notre connaissance réelle dans un monde réel, sans compter tout ce dont nous, simples ploucs, n’avons probablement jamais entendu parler, et que nous allons pouvoir découvrir sans la pollution de notre pseudo savoir européen. Nous commençons donc notre découverte initiatique par la Colombie, pays au combien différent de la pauvre image que peuvent nous en donner les média. De Cartagène à Bucaramanga le paysage le long de la ruta 45 ne casse pas des barres. Mais ce soir, après deux jours de route, nous bivouaquons au cœur des contreforts de la cordillère des Andes, au bord du canyon de Chicamocha. Après quelques kilomètres de piste, nous nous trouvons en pleine campagne, non pas cernés par des trafiquants en tous genres ou menacés d’enlèvement à chaque instant mais seulement entourés d’un paysage à couper le souffle. Demain nous devrions donc sûrement avoir droit à notre premier lever de soleil magique sur la cordillère des Andes. Mektoub
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Demain
Finalement Claire Chazal avait peut-être bien raison, les FARC sévissent encore et viennent d’enlever le soleil pour le remplacer par une brume épaisse qui gomme tout le relief environnant. Mon premier lever de soleil andin a donc décidé de se faire attendre… On décide de flemmarder jusqu’à ce que la brume se lève, ce serait quand même dommage de rouler sans profiter de ce paysage exceptionnel qui nous environne. Sur la piste nous croisons un 4×4 et en me serrant un peu trop sur le bord, pof! Nous restons coincé contre le talus… Oh! pas très longtemps, car arrive très vite un camion chargé d’ananas et d’ouvriers agricoles qui vont se charger de nous remettre sur la bonne voie. Seuls le guidon et la roue du tandem n’ont pas vraiment apprécié l’épisode, ça va tout de suite être plus difficile de pédaler droit maintenant! Merci à tous pour ce dépannage et nous reprenons la direction de Barichara, un joli village colonial juste en face de nous, de l’autre côté du canyon. Cinq minutes en paramoteur… et plus de 6 heures par la route! Nous faisons l’expérience des routes andines derrière des camions qui roulent à deux kilomètres heures et des voitures qui dépassent un peu n’importe comment, mais toujours dans la bonne humeur. Alors qu’en France tout se serait déjà réglé à coup de poing et de crise de nerf, ici c’est vraiment à la bonne franquette. Ça double à trois de front, ça se serre sur le bas-côté, ça serre les fesses mais ça passe, tranquillement.

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Nous arrivons donc lentement et pas vraiment sûrement à Barichara. Le village est construit sur un bord de falaise d’où la vue sur la vallée en contrebas est impressionnante. Nous passons la nuit sur les hauteurs devant une charmante église orientée Nord/Sud comme toutes les autres églises que nous avons pu voir depuis que nous sommes en Colombie. Curieux, il va falloir que je potasse un peu pour savoir pourquoi ses édifices religieux ne sont pas orientés Est/ouest comme en Europe. En tous cas la protection est la même puisque nous passons une excellente nuit dans un calme parfait. La veille nous avons déambulé dans un centre ville aéré par une belle place centrale dans une atmosphère d’une sérénité incroyable. Dire que l’on est en Colombie! Tiens, une petite anecdote pour le livre des records. À la nuit tombée, sagement assis sur les marches de l’église, j’observe pendant un moment un chargement de bestiaux dans un taxi collectif. C’est un vieux Ford pick-up bleu des années 70 avec un plateau bâché à ridelles hautes. Mon objectif est de compter le nombre de personnes qui va pouvoir rentrer dedans mais Mich vient me chercher pour aller faire des courses. Je reviens donc finir mon observation une demi-heure plus tard alors qu’une queue d’une vingtaine de personnes patientent encore sagement à l’arrière du véhicule pour pouvoir monter… Dans la cabine de devant, sur la banquette passagers, deux mamies se sont installées avec trois petits enfants sur les genoux plus un gars sur le toit de la cabine plus un autre gars accroché à la portière… Et derrière ça enfourne toujours plus grave, des minettes super bien habillées, des petites vieilles, des enfants, des gens bien habillés, j’ai l’impression que la ville entière est en train de s’entasser dans le vieux Ford! Je ne résiste pas à l’envie d’aller discuter avec le chauffeur pour lui demander où il va et surtout combien de personnes il arrive à faire rentrer dans son pick-up à vache. La réponse m’a assis parterre. Je lui est fait répéter plusieurs fois pour être sûr d’avoir bien compris, mais il n’y avait pas d’erreur. Il m’a annoncé, sans sourciller le moins du monde qu’il chargeait plus de cent personnes à bord tous les soirs!!!!! … J’imagine bien Laurence Ferrari au journal de 20h annoncer entre la crise d’épilepsie d’Hollande, l’élection de Miss Monde et la dernière grève des cheminots: … Un pick-up bascule dans un ravin, cent morts…
On est vraiment dans un autre monde.

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Nous rejoignons la route 45 direction Villa de Leyva, un autre bourg colonial avec une immense place centrale. On va coucher le long d’un parc juste derrière la Plaza Mayor à côté d’un minibus mérovingien. Emplacement idéal pour aller se balader dans le centre ville et s’offrir un petit resto typique. On demande quand même à deux gars qui discutent dans la rue si on peut rester là la nuit et il y en a un qui dit non et un qui dit oui… Traduction: Il doit y avoir un froussard et un gars qui n’est pas encore influencé par la télé… Donc on ne bouge pas et on va effectivement passer une nouvelle nuit tranquille à deux doigts du centre ville. Petite balade romantique avec resto dans un patio regroupant tout un tas de restaurant du monde. Nous voulions manger français chez Rémi mais le lundi est son jour de fermeture, tant pis pour lui. Nous allons donc chez un confrère où la viande sera le choix du roi et la pizza le choix caca. Devinez qui a fait le mauvais choix… Les routes qui relient latéralement les trois cordillères qui traversent la Colombie ne sont pas très bonnes, doux euphémisme… Il est vrai qu’avec des endroits qui enregistrent jusqu’à 85 secousses sismiques par jour, la route a de quoi prendre quelques ondulations surprenantes qui ont vite fait de nous rappeler à l’ordre. 40 km/h est un maximum à ne pas dépasser si l’on ne veut pas décoller sur chaque bosse ayant échappée à notre vigilance. Nous roulons donc prudemment jusqu’à Santa Sofia et sa surprenante église. Nous mettons pied à terre un peu plus loin pour arriver jusqu’au Paso del Ángel, un passage vertigineux entre deux précipices sur un sentier sympa qui domine une petite rivière avec une belle vue sur les montagnes environnantes. Impressionnant, pour une fois que le guide du routard n’exagère pas, cela mérite bien d’aller faire une petite prière dans la cathédrale de sel paraît-il mondialement connue de Zipaquira. Et bien là aussi, la surprise est fort agréable, et quelques milliers d’ondulations plus tard nous arrivons sur le site de cette mine de sel qui va nous enchanter. La réutilisation des grandes excavations souterraines, créés pour l’exploitation du sel, pour y faire des chapelles associée à un son et lumière moderne sur fond d’Ave Maria nous a ému. Sur 8500 m2 nous avons droit au parcours du chemin de croix avec ses 14 chapelles, pour arriver ensuite dans une immense salle, la cathédrale, où dans son fond resplendit sa fameuse et immense croix de sel sur laquelle on peut y observer les battements de notre cœur. Le lieu est un vrai labyrinthe mystique avec pleins d’escaliers, de chapelles, de passages secrets et de balcons discrets. L’endroit est tellement enchanteur que nous y passons plus de 3 heures à se chercher un peu partout avant de se forcer à remonter à la surface lorsque le flot de touristes commence à envahir un peu trop bruyamment les lieux. Ce mariage d’un lieu profane avec une connotation religieuse moderne m’a particulièrement séduit et ému, ce qui est plutôt étonnant de la part d’un lieu situé à une centaine de mètres sous terre alors que je serai plutôt un être du soleil.

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Nous devons maintenant mettre le cap sur la cité du diable, la ville de Bogota, qui ne nous attire pas du tout mais où je dois y retrouver le fils d’un copain qui doit m’apporter enfin, en direct de Saint-Étienne City, des plaquettes de frein pour Lapinou que je recherche en vain depuis notre entrée au Mexique! Pourtant ce n’est pas faute d’avoir fait toutes les concessions NISSAN croisées sur notre chemin, fait démonter les plaquettes pour effectuer une recherche avec le modèle, et m’être arrêté chez de nombreux spécialistes des freins. Rien, rien et rien de rien! La seule solution un peu curieuse que j’ai trouvé ici en Amérique, est la possibilité de faire regarnir les plaquettes de freins, tout comme chez nous on peut faire regarnir les mâchoires de freins à tambour. Ce qui me gêne un peu dans ce cas de figure, c’est la durée de vie de ses nouvelles plaquettes qui ne dépasserait pas une dizaine de mille de kilomètres et un certain risque de décollement… Mais pour l’heure, ma quête du graal Ferodo va enfin aboutir, avec mon chevalier sauveur que je vois déjà sauter de l’avion, les plaquettes de freins estampillées APA tendues à bout de bras, et accourir, toutes affaires cessantes, pour permettre à Lapinou de continuer son périple fou toujours plus au Sud. Bon…, pour le moment c’est plutôt d’immobilisation qu’il faut parler car cela fait déjà 6 jours que notre contact devrait être arrivé à Bogota mais il ne nous a toujours pas donné de nouvelle… On ne sait pas si il est bien arrivé, si il n’a pas été enlevé par les FARC, quand est-ce que l’on va pouvoir le voir ni où va t’on le retrouver. Pas moyen d’avoir son mail, donc dans le doute, on s’est dépêcher de venir sur Bogota pour ne pas le rater et nous voilà déambulant avec Lapinou dans les embouteillages de la ville… On s’approche du centre historique sans pouvoir atteindre la place Bolivar, on ne sait pas encore que le centre historique est piétonnier… On se retrouve dans les quartiers misérables de la ville haute où même la journée il n’est pas très conseillé de roder. On se fait la remarque avec Mich que cette nuit, on va peut-être éviter de coucher dans ses quartiers abandonnées à eux même. On cherche donc un parking gardé mais ils ont tous des barres qui limitent l’accès aux véhicules de moins de 2,5 mètres de hauteur. La circulation est infernale, les bâtiments sont laids, les tags omniprésents transpirent le mécontentement social et il y a des clochards de partout. Berk, mais qu’est-ce qu’on fout là? Pourtant on le sait que l’on n’a rien à faire dans ses villes. Comme d’habitude, sans plan et sans GPS, l’orientation devient vite difficile et nous roulons sans but précis, juste nous éloigner au plus vite de ce centre malsain. La nuit va bientôt tomber et il faut prendre une décision, je ne vais pas errer dans cette mégapole pendant encore des heures. Je quitte donc une voie express pour prendre une transversale qui nous emmène directement dans la calle 85 puis sur un petit parking devant un magasin d’équipement pour la maison. Ça suffit pour aujourd’hui, je me pose là et je ne bouge plus!!! On commence tout de suite par voir arriver un espèce de monstre avec le visage défiguré par un incendie, qui va faire semblant de m’aider à me garer. Il me fait encore signe de reculer alors que Michèle secoue les bras dans tous les sens pour me dire d’arrêter de défoncer la vitrine… Bon, j’exagère un peu mais ce n’était pas loin, il n’aurait plus manqué que ça pour finir la journée. Je me dirige ensuite vers l’entrée du magasin de vaisselle pour demander si on peut rester la nuit sur le parking mais la porte est verrouillée et il faut montrer patte blanche pour pouvoir entrer… Bin dis donc, pour acheter trois assiettes en carton et deux fourchettes il faut montrer sa carte d’identité! Ils ont vraiment peur du diable ici. Le parking est public, donc on peut y rester la nuit…à nos risques et périls. Le parking n’est pas gardé et dans ce quartier, la nuit il n’y a pratiquement pas de véhicules qui restent garés dehors! Pourtant il n’a pas l’air mal ce quartier. On demande alors à deux policiers en moto qui escortent une voiture qui vient de s’engouffrer sur un parking privé si c’est une bonne idée de squatter dans le coin… Et bien si, curieusement l’idée ne semble pas si mauvaise puisque les poulets nous confirment dans notre impression que le quartier n’est pas malsain. C’est un quartier d’affaire, il y a des patrouilles de police et des gardiens privés un peu partout et nous ne devrions pas être embêtés. Ça tombe bien parce-que j’en ai plein les bottes. Voilà, on a fini par le trouver notre coin de bivouac à Bogota, dans la rue! Nous allons y passer deux nuits tranquilles avant que la moutarde occidentale me monte au nez.
Première journée à Bogota. Nous prenons le transmilenio, un système de bus qui copie le principe du métro mais à ciel ouvert. Le système est relativement efficace car les bus circulent dans des voies qui leurs sont théoriquement réservées et qui leurs épargnent donc les affres des embouteillages. Ils sont bondés mais les gens restent souriants et serviables. Nous pouvons donc nous faire expliquer le fonctionnement des lignes facilement. Nous retournons dans le centre historique découvrir la place Bolivar et ses environs. On ne peut pas dire que l’architecture globale des bâtiments nous ait bien emballés, une église gothique, le Santuario Nuestra Señora del Carmen, attire un peu notre attention par son originalité mêlant le style gothique florentin et le style oriental mais les bâtiments administratifs sont austères. Nous déambulons un peu dans la Candelaria, ancien quartier colonial, mais une averse de tous les diables nous pousse à nous mettre à l’abri dans un bon petit restaurant pour riche. (Mais ça on le saura qu’un peut plus tard au moment de payer l’addition…) Là aussi, il faut montrer patte blanche pour pouvoir entrer, pourtant de l’extérieur le gastos ne ressemble à rien. A l’intérieur la déco est simple mais le chef a l’air de tenir la route, même toute la route si vous voyez ce que je veux dire… En plus, étrange coïncidence, il prend des cours de cuisine française! Quelques joues de saumon et cent vingt mille pesos plus tard (50€), soit quand même le quart du salaire minimum ici, nous nous dirigeons vers le musée de l’or. Le plus beau musée de l’or d’Amérique centrale paraît-il… Bon, c’est un musée! On n’est pas fan de ses cimetières de la vie passée et celui là ne fera pas exception à la règle. On y passe une heure agréable, là ou d’autres y passent une journée…, plouc un jour, plouc toujours! Puis on ressaute dans le Transmilenio pour retrouver notre havre de paix, super Lapinou. Malgré mes relances par mail toujours pas de nouvelle de mon livreur de pièces… Je commence à m’impatienter, on s’est fait chier à arriver rapidement dans cette ville de merde, on n’a absolument aucune nouvelle alors que le gars est censé être arrivé à Bogota depuis une semaine et je commence maintenant sérieusement à douter que l’on ai des nouvelles un jour. Cela faisait longtemps que je n’avais pas ressenti ce sentiment désagréable de dépendre de quelqu’un. Et cela me rappelle que chez nous, quand il n’y a rien à gagner, il ne faut pas espérer grand chose de l’individu moyen, même pas la politesse d’expliquer simplement la réalité des faits. Le lendemain, indirectement, par l’intermédiaire d’un vrai copain, je suis informé que les pièces ne semblent même pas avoir pris l’avion, soit disant pour un problème de douane. Je comprend alors que mon problème de plaquettes de freins est bien le dernier soucis du messager qui, une semaine plus tard, ne m’aura d’ailleurs toujours donné aucune nouvelle. A se demander même si il a su une fois que j’existai et que j’attendai beaucoup de lui…
Ne rien attendre de rien, ni de personne, cela se confirme une fois de plus!
Envoie moi un mail si tu n’as besoin de rien…
Belle maxime!
(Ndlr: Il est beau ce jeu de mot… lol)

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C’est donc la haine au ventre et le nez plein de moutarde que nous reprenons les embouteillages infernaux pour fuir cette ville maudite. Nous devons filer plein sud en direction de Medellin et nous nous retrouvons plein Ouest… Ce n’est pas bien grave car maintenant la seule solution pour mes plaquettes de frein est de les faire recharger et je pense qu’il doit être plus facile de le faire faire ici sur Bogota que perdu en pleine cambrousse. Pour l’heure, on se retrouve perdu en pleine banlieue de Bogota, mais au milieu de tout un tas de garages automobile… Ça tombe bien! Je demande à un réparateur moto ou je peux faire recharger mes plaquettes et bien qu’il semble connaître un établissement qui puisse le faire, il est dans l’impossibilité de m’expliquer le chemin pour y aller! L’absence de plan de circulation de la ville, les axes principaux qu’il est impossible de traverser et sur lesquels il est interdit de bifurquer sur la gauche, plus les travaux de voirie permanents transforment l’orientation en un vrai casse tête. Finalement de guerre lasse, il m’indique un autre atelier spécialisé juste un quartier plus loin en me conseillant de lui redemander l’adresse…
Un quartier plus loin.
Je trouve effectivement une toute petite porte de garage qui donne sur un tout petit atelier d’une propreté étincelante. Tout est carrelé, les murs immaculés sont peints en blancs et le tout, donne plus l’impression d’une clinique que d’un garage spécialisé dans le changement des freins. Martinez Cruz travaille seul avec sa femme dans cet environnement hors norme et il m’écoute lui raconter mes misères. Lorsque je lui demande si il peut faire recharger les plaquettes de freins il me dit que non, c’est bien trop dangereux… Bon, normal puisque son boulot c’est de changer des plaquettes par des neuves. Puis comme j’insiste en lui disant que de toute façon, trahi par l’occident qui est passé à l’orient, je n’ai maintenant plus le choix, il m’annonce qu’il peut démonter un jeu de plaquettes pour essayer quand même de voir si il peut les trouver en neuf, puis, en cas d’échec et en dernier recours, il pourra alors aller les faire recharger. Je le regarde finir de travailler sur sa voiture en cours et sa méticulosité, associée à une propreté maladive, me subjugue. J´ai rarement vu cela, sauf dans les ateliers de course automobile. J’hésite entre rechercher un atelier plus grand bien que tout ceux contactés jusqu’à présent aient bien été incapable de solutionner mon problème ou bien attendre auprès de ce curieux bonhomme.
Quand ce qui est grand ne marche pas, pourquoi ne pas essayer ce qui est petit… Ici, il n’y a pas de règle. D’habitude les petits estancos ne savent que traiter les véhicules locaux courants avec un outillage brillant par son absence et, pour le touriste moyen au véhicule étrange, il vaut souvent mieux s’adresser à de grands garages beaucoup mieux équipés. Mais là, je ressens les choses d’une façon bien différente et décide d’attendre patiemment mon tour. Une heure plus tard, l’univers va de nouveau me montrer qu’il conspire entièrement à mon bonheur. Cruz démonte une plaquette de frein, puis tel SuperJean-Philippe, va comparer, pied à coulisse en main, le modèle démonté avec ceux dessinés sur son catalogue et me trouver rapidement un modèle similaire. Un coup de fil plus tard et sa femme fonce chercher les plaquettes neuves chez son fournisseur. Elles sont même en stock! Incroyable, inespéré, inouï, les mots me manquent pour exprimer mon contentement après la cruelle désillusion de ce matin. J’éprouve même la satisfaction supplémentaire de m’être sorti d’affaire par mes propres moyens. Certes sur ce coup là, on ne peut pas dire que j’ai été très performant… Cinq mois pour trouver une malheureuse paire de plaquettes de freins, je pense qu’on peut mieux faire! Mais vu que nous ne sommes plus dans un monde de rendement à outrance, il suffisait finalement de les trouver avant qu’elles soient complètement hors d’usage. Donc mission accomplie brillamment! Une petite pensée pour les Maringottes qui sont bloqués aussi en Colombie, obligés d’attendre l’arrivée de leurs plaquettes de France en espérant qu’ils n’auront pas les mêmes problèmes de douane… Mais je ne doute pas que, si ils s’abstiennent de passer pas par un diplômé en commerce international comme nous, tout devrait bien se passer!
Nous prenons maintenant la route de Manizales le cœur léger et le pied lourd, c’est qu’il y a du frein d’avance maintenant sur Lapinou, alors Gaz!! La route entre le village de Honda et Manizales devient superbe, nous nous approchons de la zone caféière et les paysages andins sont absolument magnifique. Après le coup de mou que nous avons eu lors de la fin de la traversée d’Amérique centrale, ses paysages montagnards nous remontent le moral à bloc d’autant que la relative fraîcheur qui les accompagne est revigorante. Première halte à la sortie du village de Honda, au bord de la rivière Magdalena. Il a beaucoup plus la semaine dernière dans les montagnes, et ici en aval, les flots déchaînés sont furieusement marrons, ce qui n’empêche pas les pêcheurs locaux un peu kamikazes de tenter leur chance avec des filets ou d’immenses épuisettes. Nous dormons devant la gare routière à la sortie du village. Le lendemain, entre Honda et Manizales, nous entrons dans le monde merveilleux de la route du café, même si des fois il en manque des bouts… Un vrai décor de cartes postales où on a l’impression de se déplacer dans un film tellement les paysages nous apparaissent divinement stéréotypés. Nous trouvons très vite, un coin au bord de la route pour garer Lapinou et nous partons improviser une ballade sur un chemin public qui descend entre les plants de café pour aller dans la vallée, tout là bas au fond. La première partie du chemin est tellement pentue que la commune a été obligé de bétonner les deux bandes de roulements qu’empruntent les taxis collectifs 4×4 qui desservent les nombreuses petites exploitations de café disséminées un peu partout sur les flancs abruptes de la cordillère.
Nous croisons d’ailleurs un de ses taxi collectif (collectivo) qui remonte de la vallée. C’est une jeep renégade, chez nous la carte grise mentionnerait cinq personnes maximum, et bien là, ils sont juste vingt-cinq personnes à s’entasser dans un si petit véhicule… Décidément, après les 100 travailleurs citadins dans le vieux pick-up Ford de Barichara, nous avons droit au 25 colombiens du village de Fresno dans une jeep. A quand les 20 français dans une Fiat 500… Ce chemin, qui nous avait tout d’abord paru désert et allant nul part, se trouve finalement être tout son contraire. Si on ne fait que rouler, on a l’impression que les campagnes sont désertes et qu’il n’y a aucune autre voie de circulation en dehors de la route principale et de celles qui mènent aux petits villages. Mais si on prend le temps de s’arrêter en pleine campagne, on se rend vite compte qu’il y a des habitations disséminées de partout et une multitude de chemins, pratiquement invisibles, car praticables seulement à pieds ou à cheval le long de pentes vertigineuses. Nous allons marcher une petite heure sur ce chemin magnifique et croiser de nombreux habitants qui se déplacent à pieds, à moto ou en 4×4. Les plants de café portent étonnamment en même temps des fleurs, des graines vertes et des graines rouges, de quoi faire de belles photos et rêver devant ce paysage enchanteur sur fond de vallée verdoyante. Au retour vers Lapinou, un paysan entame une conversation avec nous. Après de nombreuses années à avoir exploiter les pentes vertigineuses de sa petite finca de café, il souhaiterait vendre sa propriété pour aller exploiter, plus bas à Manizales, d’autres terrains beaucoup plus plats dont il a hérité et où il aimerait y cultiver des légumes. Pas de veine, je n’ai pas vraiment prévu d’investir ici mais il a tenté sa chance, il ne doit pas tant y avoir de touristes étrangers qui s’arrêtent dans le coin… Pas rancunier pour deux sous, il nous offre gracieusement une demi-douzaine d’avocats. Vraiment sympathique ses colombiens, comme beaucoup de gens que nous avons eu la chance de rencontrer jusqu’à présent, toujours près à rendre service, juste pour le plaisir d’aider son prochain, juste des hommes avec un cœur qu’ils savent écouter, juste des hommes avec un cœur et non une calculatrice à la place du cœur.

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Nous faisons ensuite une halte à Chinchina où nous avions prévu d’aller visiter une finca de café. Le guide mentionne de suivre la calle 8 mais ne précise pas que la piste est difficilement praticable et les pompiers nous déconseillent de tenter l’aventure. On pense alors louer un 4×4 mais ces derniers nous mettent également en garde contre d’éventuels problèmes de sécurité… On va donc faire l’impasse sur cette finca, passer la nuit entre deux camions sur un parking gardé, et en profiter pour faire installer le lendemain sur Lapinou, un interrupteur manuel permettant de déclencher les bougies de chauffe du moteur. La temporisation ne fonctionnait plus et sachant que nous allons maintenant être en permanence à des altitudes comprises entre 2000 et 4500 mètres avec des températures qui risquent d’être souvent proche de 0°, je préfère prendre mes précautions pour éviter d’éventuels désagréments aux démarrages matinaux.
Nous poursuivons notre route du café pour atteindre Salento et la Valle de Cocora. La route est toujours sublime. Le village est mignon bien qu’un peu trop touristique pour nous, il faut de retour payer pour se garer, payer pour pisser, payer pour avoir une carte commerciale du coin, etc… La valle de Socora est heureusement majestueuse et va vite nous faire oublier la laideur de Bogota. La route s’arrête sur un petit complexe touristique où tout un tas de guides de randonnée à cheval nous attendent de pieds ferme… Ils vont pouvoir attendre longtemps car les randonnées dans les chemins sont beaucoup plus agréables à faire à pied qu’à cheval. Après une nuit réparatrice dans le pré d’un restaurant du coin contre 8000 pesos (3€) dans un cadre magnifique, nous choisissons de marcher jusqu’à Acaime, un refuge de colibris donné pour une marche de 10 kilomètres aller/retour. Le chemin est magnifique, nous traversons tout d’abord des alpages, ou plutôt devrais-je peut-être dire des andages (puisque nous sommes dans les Andes…) avant de nous enfoncer dans la forêt nuageuse. Le chemin muletier traverse sans cesse un torrent mais heureusement il y a toujours un pont suspendu rudimentaire pour les piétons qui peuvent ainsi traverser sans se mouiller les pieds mais parfois en mouillant quand même un peu le maillot. En effet l’assemblage de planches et de câbles est souvent un peu limite et pour une fois je n’ai pas trop envie de remuer comme un âne sur les planches pour faire branler tout le pont, je ne suis pas sûr que tout résisterait, à commencer par mon équilibre. Nous mettons 3 heures pour parcourir l’aller, 3 heures de pur plaisir, récompensé au refuge par un chocolat chaud et du fromage. A première vue l’assemblage n’apparaît pas comme des plus heureux mais quand on a faim ça passe très bien. Après j’attaque néanmoins une bonne saucisse cuite au feu de bois pour être fin prêt à admirer dans les meilleurs conditions les nombreux colibris qui folâtrent autour du camp. Si la montée a été un peu physique, le retour est nettement plus facile et nous ne regrettons absolument pas d’avoir évité de prendre l’option cheval, le chemin étant beaucoup trop accidenté pour pouvoir y faire ne serais-ce que du trot! De retour dans notre Lapinou, on est quand même un peu crevé alors on va vite se vautrer dans le lit de notre meilleur hôtel du monde. Et on pense très fort à vous tous qui nous lisez. Bonne nuit!
Et vive la Colombie!

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