We have a dream…

Lapinou chez Ubu Roi

Lapinou chez Ubu roi…

On pensait avoir tout vu à Panama pour les formalités administratives débiles, et bien non! En Colombie aussi, elles sont gratinées à point. Pas pour le cleps, là on est rentré dans le pays avec Couic sous le bras comme une lettre à la poste. Non, les formalités à deux balles, on se les est farçi pour pouvoir récupérer Lapinou au port de Cartagène. En soi rien de bien compliqué, du personnel administratif charmant mais d’innombrables papiers administratifs à remplir qui n’ont aucun sens. Autant pour récupérer Lapinou au Canada dans le port d’Halifax celà avait été du pipi de chat, comme aurait dit Amandine, autant en Colombie c’est une tout autre histoire.
Le début commence très classiquement en allant retirer le Bill of lading (bon de transport de la compagnie maritime) chez l’agent de la compagnie. Quand on s’est pointé chez l’agent et que nous avons annoncé au gars qui se trouvait au bureau que nous venions chercher le Bill de notre NISSAN, son visage c’est subitement assombri, il s’est mis à marmonner et à nous dire qu’il fallait attendre que la secrétaire arrive… Devant notre mine inquiète, il nous précise alors qu’il y a un NISSAN qui n’a pas été chargé sur le bateau et qui est resté au port de Colon. Argh! J’ai le cœur qui tombe directement dans les chaussettes, Dieu ne peut pas m’avoir fait ce coup là, ça serait vraiment trop nul, sans panache, classique, j’irais même jusqu’à dire vulgaire. La secrétaire arrive et on les entend conspirer à voix basse. Je leur dis alors que je suis quand même étonné que mon NISSAN soit resté à Colon car l’agence TEA qui s’est occupée de l’affrètement m’a envoyé un mail me confirmant que Lapinou avait bien été embarqué et qu’elle avait reçu une photo de confirmation. Le gars me demande alors à quoi ressemble Lapinou et je lui décris un gros camping car rouge qui ressemble à un petit camion et là, miracle, un grand sourire revient éclairer son visage et il me montre une photo de Lapinou sur l’écran de son ordinateur! Youpee, c’est bien mon Lapinou dans le bateau et il a bien été débarqué à Cartagène. Ouf, j’ai le cœur qui remonte jusqu’au cerveau cette fois, mais là c’est beaucoup plus agréable que tout à l’heure. Le gars avait fait une confusion avec un autre véhicule NISSAN qui était effectivement resté au port de Colon. Sur les photos de confirmation des véhicules débarqués il n’avait pas identifié Lapinou comme étant un NISSAN, le modèle Atleon étant inconnu ici, et comme en même temps il y avait bien eu une voiture NISSAN qui était restée en carafe à Colon, il avait confondu. Je suis désolé pour le propriétaire de la voiture (qui avait du sûrement contrarier Dieu) mais je garde bien ma place avec mon petit camion ici et maintenant. Donc 5 minutes plus tard on ressort du bureau toutes les dents dehors avec un beau Bill à la main plein de tampons qui vont bien et là où il faut et on file direction les services de la douane (DIAN) pour faire établir deux documents. Le premier étant un rapport d’inspection de Lapinou et le deuxième, une autorisation d’importation temporaire du véhicule. Ici entre en jeu le taxi, outil indispensable du voyageur à la recherche de son camping car perdu au milieu d’un gros tas de container. Sur deux jours complets de formalités débiles nous serons quand même arrivés à dépenser la somme astronomique de cent mille pesos colombiens (40€) en frais de taxi alors que la course moyenne n’est vraiment pas chère, de l’ordre de 5 à 6000 pesos pour un trajet classique.
Premier taxi donc pour aller de l’hôtel Bellavista au bureau de l’agent maritime. Deuxième taxi de l’agent maritime à la DIAN. Jusque là tout va bien, ça va d’aller comme dirait l’autre. La charmante secrétaire nous donne un dossier à remplir avec les traditionnelles photocopies, par contre il est déjà trop tard pour missionner un inspecteur pour 14 heures et il faudra se pointer sur le parc où se trouve Lapinou demain à 6h30 du matin… Y sont fous ses cartagiens! Et pourquoi pas à 5h du mat aussi, il y en a qui ne travaille pas merde, il devrait le savoir… Tout comme d’ailleurs nous devrions savoir sur quel parc a été débarqué Lapinou… car pour que la secrétaire puisse convoquer un inspecteur, il faut qu’elle sache sur quel parc l’envoyer car il y a plusieurs parcs de stockage répartis sur différents sites séparés par de nombreux kilomètres les uns des autres…
Ça y est, les ennuis commencent à se profiler!
Et comment on fait pour savoir sur quel site se trouve Lapinou? …
Très simple, suffit d’aller poser la question aux services portuaires… Concernant Lapinou il n’y aurait que deux possibilités, le parc de SPRC ou le parc Contecar. Nous voilà donc parti en petite foulée direction les Services Portuaires Régional de Cartagène. En petite foulée car les bureaux du port ne sont pas très éloignés de ceux du DIAN, mais en grosse sueur car il est déjà 11 heures et il fait une chaleur du diable. Pourtant c’est l’hiver chez nous puisque nous sommes le 26 février, … sauf qu’ici en Colombie c’est l’été! Quand je vous dis qu’ils sont tous à l’Ouest ici!
Bureau de la Sociedad Portuaria Régional Cartagena: il faut préciser ici qu’à chaque nouvelle entrée dans un bâtiment administratif, il faut faire la queue à un guichet d’accueil qui vous délivre un laisser passer magnétique après identification de votre demande et enregistrement de votre passeport… Donc avant même de vous rendre compte que vous n’avez pas atterri dans le bon service, vous avez déjà fait une demi-heure de queue! Bon, on arrive quand même à trouver tant bien que mal le bon service où un charmant jeune homme va s’occuper royalement de nous, d’une façon royalement lente aussi, certainement due à la mollesse d’un système informatique dépassé par les événements mais heureusement compensée par la gentillesse du personnel qui va rendre les temps d’attente beaucoup plus supportables. Donc le jeune homme nous localise Lapinou sur le parc de Contecar et en profite pour préparer la demande d’inspection. En effet, se sont les services du port qui doivent demander l’inspection du véhicule à la DIAN qui, elle, va seulement désigner un inspecteur. A chaque fois c’est évidemment à nous de remplir les bonnes demandes sur les bons formulaires, l’OP-FMT701 pour la DIAN, le SC-FMT161 pour le SPRC suivit du FA-FMT500 puis du SC-FMT142, puis du …. etc, etc et etc…..
Deuxième petit couac, pour pouvoir entrer dix minutes sur le parc où est stocké Lapinou et assister à l’inspection de la DIAN, il faut présenter une assurance responsabilité civile que l’on a bien sûr à la MAIF mais dont nous n’avons pas de justificatif ici. Sans un justificatif de cette assurance, le charmant jeune homme ne peut pas établir la demande d’inspection. Il est maintenant midi, les bureaux ferment jusqu’à 14 heures et nous devons retourner à la DIAN un dossier complet avant 16 heures pour pouvoir espérer récupérer Lapinou demain… En plus il nous faut faire établir cette assurance responsabilité civile et si possible prendre également une assurance pour Lapinou. Il n’y a pas à dire, ils sont trop fort ici aussi, ils t’imposent de prendre une assurance bidon pour un montant de 35$ pour une RC de dix minutes sur un parc mais par contre ils ne t’empêchent pas de conduire ton véhicule sur la voie publique sans assurance… Les priorités ne sont visiblement pas les mêmes suivant les services….
Perception donc du troisième taxi pour trouver une assurance en centre ville, les bureaux sont aussi fermés pendant le temps de midi, on en profite donc pour manger un bout médiocre dans un restaurant médiocre. A 14 heures pétantes nous sommes devant l’Edificio Banco Bogotá piso 8 à attendre que le vigile armé nous laisse passer devant la file impressionnante de contribuables contrits qui se constitue rapidement. L’immeuble semble moderne mais l’ascenseur trahit l’obsolescence du système. Il fonctionne encore avec une opératrice à l’intérieur qui tripote une manette pour manœuvrer les portes et qui appuie sur les boutons des étages demandés. La journée doit être longue enfermée là dedans… L’ascenseur nous monte jusqu’au 7ème étage, puis nous atteignons le 8 ème par le seul escalier disponible dans une bonne odeur de vomi… On explique notre cas, et on atterri directement dans le bon bureau cette fois.
Une attestation en RC pour accéder au parc de stockage du port?
Pas de problème, asseyez vous. Et c’est parti pour une heure de folie, un tas de papier à remplir demandant des renseignement invraisemblables pour une assurance bidon. Montant des avoirs immobiliers et financiers en France, montant des revenus mensuels, montant des dépenses mensuelles envisagées en Colombie, numéro de la carte bleue… La moutarde commence à me monter au nez et je lui dis que pour une simple assurance bidon je ne vois pas l’intérêt de répondre à toutes ses questions. Mais on n’a pas vraiment le choix, le grand inquisiteur à la bannière étoilée n’est pas loin… Je répond donc n’importe quoi et arrive à la question qui tue: Profession? …Là je joue l’honnêteté et écrit « sans profession » Ça en jète grave non? Bin oui, on peut difficilement voyager et travailler en même temps! Surtout pendant deux ans. Ça doit même en jeter un peu trop grave car ça lui plait pas à la brave dame que je ne fasse rien qui puisse rapporter de l’argent. Elle ne me croit pas et me dit que ce n’est pas possible, alors pour ne pas la contrarier je lui dis d’écrire alors « gérant d´entreprise » mais sa gueule commence à ressembler à un poisson bien connu quand elle me demande quel genre d’entreprise? Je lui dirais bien que c’est une entreprise où elle serait trop vieille pour travailler dedans mais je n’ose pas, alors fidèle à moi même, je lui dis que j’étais dans la merde. Et vous savez ce qu’elle me répond la sirène (mi femme, mi thon), elle me demande si j’y suis toujours dans la merde, c’est à dire si mon entreprise est encore en activité. Qu’est-ce qu’il y a des gens qui peuvent être chiant! J’y mettrai bien un coup de pompe à vide à celle là…. Je met un point final à l’interrogatoire en lui disant que de toute façon je ne peux pas voyager et travailler en même temps et que j’avais fait un choix, qu’il lui plaise ou non, ainsi soit-il.
Elle finit quand même par nous sortir un bout de papier. C’est la facture qu’il nous faut aller payer au caissier un peu plus loin… 35$ pour cinq jours d’assurance et dix minutes d’utilisation, si c’est pas des voleurs ça y ressemble fort! Il est déjà 15 heure quand nous récupérons l’attestation d’assurance. Pas le temps de s’occuper de celle de Lapinou, il nous faut sauter dans le quatrième taxi pour foncer vers la DIAN rapporter le dossier rempli avant 16 heures, et vu la circulation complètement paralysée par les embouteillages du centre-ville ça ne va pas être gagné…
15h30, on fait la queue pour obtenir notre badge d’accès dans les locaux de la DIAN, 15h45 on est devant notre charmante secrétaire. Ouf! Ça va d’aller… Notre dossier est complet, rendez-vous est pris sur le parc de Contecar avec l’inspecteur à 6h30 demain matin.
Retour toujours en petites foulées dans les bureaux du SPRC pour rapporter avant 17 heures notre attestation d’assurance responsabilité civile afin de finaliser la demande d’inspection. Le charmant jeune homme nous établit également la facture de manutention du port d’un montant de 105$ et nous explique comment la régler à l’étage supérieur… Il nous parle d’un « carnet » mais on ne comprend pas ce que c’est. On lui redemande deux fois mais comme on n’a toujours pas compris on finit par faire « oui oui » avec beaucoup de conviction. Ça me rappelle nos débuts du voyage aux USA…
Une secrétaire, qui a pris part à la conversation et qui a assisté à notre « oui, oui » enthousiaste, sort du bureau en même temps que nous et nous pensons qu’elle va nous accompagner à la caisse. Mort de rire la tête qu’elle a fait quand elle a vu que nous là suivions dans la cour à l’extérieur des bâtiments! Elle a pris pitié de nous et nous a ramené dans le droit chemin. Le « carnet » en question était finalement le badge magnétique remis à l’entrée après une demi-heure de queue. Il faut le passer devant un lecteur optique dans les locaux où se trouvent les services de facturation, ce qui a pour effet de nous délivrer un ticket d’appel. Quand c’est notre tour on se pointe vers le bon guichet, on donne notre demande de facturation qui va se transformer en belle facture qu’il va bien sûr aller falloir payer encore dans un autre guichet… D’ici qu’il ne faille pas aller encore dans une banque pour payer, comme au Panama, par un système de virement bancaire… Non, là les américains n’ont pas encore mis ce système en place et lorsque j’ai interrogé le caissier sur la façon de payer, une réponse comme je les aime a fusé avec un grand sourire: « Bin avec des biffetons pardi! » Voilà du concret efficace et rapide, tout ce que j’aime… Dommage que ça n’arrive que 5 minutes dans la journée!
Cinquième taxi pour revenir fourbus à l’hôtel, faire pisser Couic et se préparer pour un lever méga matinal demain à 5h 30, direction le parc Contecar…
Le sixième taxi nous dépose à l’entrée du parc de Contecar à 6h15. À cette heure là, il n’y a pas encore trop de monde à l’accueil qui délivre les badges ce qui va nous éviter de nous transformer en bâtonnet glacé car la climatisation doit être déréglée et on se croirait dans un congélateur. À 6h30 précise, je suis sur le parc de Lapinou à attendre l’inspecteur. On m’a toujours dit que l’exactitude était la politesse des rois, bin mon inspecteur est un sale porc… Deux heures et demi plus tard les employés du parc viennent m’annoncer que ça y est, l’inspection est finie et me disent de leur laisser ma convocation…? C’est bien la peine de me faire lever à 5 heures du matin pour une inspection bidon même pas contradictoire! Je leur dis que j’aimerai quand même bien aller moi aussi inspecter Lapinou!!!! Il m’emmène alors dans un pick-Up au fond d’un deuxième parc où enfin je peux apercevoir SuperLapinou qui a l’air en pleine forme! Pas de dommage apparent, tout va bien, la vie est belle.
Septième taxi. On fonce retourner à la DIAN pour récupérer les deux documents qu’il va falloir aller remettre au SPRC pour qu’ils puissent établir enfin le dernier document de sortie. Si tout se passe bien, avant midi on a récupéré Lapinou. 9h30 nous sommes devant la charmante demoiselle qui nous précise que nous devons attendre le retour de l’inspecteur du parc de Contecar pour qu’elle puisse ensuite établir les deux documents et les faire signer par son chef de service. Aille… Déjà que l’autre blaireau y s’est même pas encore lever! Elle nous dis que ce n’est pas la peine de repasser avant 11 heures, qu’attendre midi serait mieux et que l’idéal est de revenir à 14 heures. Bin tien, elle doit le connaître le loustic! Comme on a maintenant un peu de temps de libre devant nous, on va en profiter pour aller prendre une assurance pour Lapinou.
Huitième taxi et retour chez les voleurs à la responsabilité civile de hier. On aime se faire du mal! Curieusement, si pour obtenir une assurance en responsabilité civile, il avait fallu donner tout un tas de renseignements privés, pour obtenir une assurance automobile sûrement tout aussi bidon que la première, il suffit de s’adresser à l’accueil où la standardiste va s’occuper de délivrer elle même une attestation d’assurance sans poser la moindre question… Allez donc savoir, les arcanes d’une administration dévoyée sont impénétrables. Donc une petite heure pour avoir encore un petit bout de papier, et on a même le temps de se payer un petit déjeuner dans un bar. Neuvième taxi pour retourner à la DIAN où nous allons attendre Fabio, le glandu d’inspecteur pendant 3 heures! Puis encore 1/2 heure pour que le chef signe les documents rédigés par le Fabio et nous revoilà en petite foulée jusqu’au bureaux du SPRC pour demander el ultimo documento, el ARIM de retiro del vehículo. Enfin le bout du labyrinthe pointe son nez. Dixième taxi, direction le parc Contecar et le congélateur d’accueil. Ah bin non, cette fois ce n’est pas là qu’il faut s’adresser mais à l’autre entrée du port pour pouvoir retirer le véhicule… Arrivé sur le parc de Lapinou je dois encore attendre une bonne demi-heure avant que l’on s’occupe de moi. Comme d’habitude papier à remplir et passeport à présenter, ça y est, maintenant je connais mon numéro de passeport par cœur, s’ensuit encore une attente interminable, démoniaque, incompréhensible, absurde. Au bout d’un long, très long moment un gars me fait rentrer dans la fraîcheur de l’algéco qui leur sert de bureau et il m’explique que son ordinateur plante et qu’il ne peut pas arriver à imprimer le bon de sortie!!! Dieu m’impose l’école de la patience jusqu’à l’ultime limite… Le gars part dans un autre algéco pour essayer d’imprimer le bon sur une autre imprimante. Au bout d’une demi-heure, comme il ne revient plus, un autre gars me propose de remplir le bon de sortie à la main. C’est bien ce qu’on aurait dû faire depuis plus d’une heure! Alors que le gars a enfin fini l’inspection de Lapinou, le premier gars revient triomphant avec son bon de sortie imprimé à la main… Et c’est reparti pour retranscrire tout ce que le premier gars a noté manuellement sur le nouveau bon.
Enfin, au bout de plus de deux heures d’attente lors de cette ultime étape sur le parc de Contecar, je peux ressortir radieux au volant de mon très cher Lapinou pour récupérer Mich qui s’est grassement fait bichonner par les gars qui surveillaient les entrées dans le port et qui lui ont offert une chaise, du café et des fruits pendant que moi je séchais en plein soleil… Y vraiment pas de justice dans ce bas monde…
Vive l’anarchie!

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