We have a dream…

El Fuerte et El Chepe

El fuerte et El Chepe

Après une traversée de la mer de Cortez sans problème, (trois jours plus tard il y avait Sonia, une tempête tropicale dont la pluie va venir nous déloger à plus de 500 kilomètres de là quand même! ) nous nous posons à El Fuerte, joli village d’où nous allons prendre El Chepe, le dernier train de passagers existant encore au Mexique, dont la ligne relie Los Mochis au bord du Pacific à Chihuahua dans le désert du Nord, 650 kilomètres plus loin et 16 heures plus tard! Nous n’irons pas jusqu’à Chihuahua et nous nous contenterons de seulement 7 heures de train afin d’arriver au point le plus haut du parcours. Il faut savoir en effet que ce train va longer un ensemble de canyon parmi les plus imposants du monde, qui dit le guide du routard…
On pose donc Lapinou dans la cour d’Esperanza, une petite mémé qui habite juste en face de la gare d’El Fuerte,…à côté de deux autres camping car allemand et d’un autre français! Non non, la destination n’est pas touristique…Nous discutons avec Françoise, Gérard et Pierrot (maringotte.com) qui font comme nous leur petite promenade en Amériques.
Le train El Chepe présente la particularité de longer de magnifiques paysages et surtout de passer du niveau de la mer à une altitude de plus de 2300 mètres! Une réelle performance technique, commencée en 1901 et achevée, 10000 morts et 60 ans plus tard après avoir franchi quelques passages spectaculaires et vertigineux. Nous nous arrêterons donc à Creel, en suivant les indications du routard qui vante la beauté du panorama dans le sens de la montée et la proximité de Creel avec Posada Barranca, point de départ de toutes les randonnées dans les différents canyons peuplant le coin au côté des tribus indiennes Tarahumara. Tout un programme!
Bon, autant le dire tout de suite mais la montée ne m’a pas particulièrement emballé, il faut dire qu’après des mois de traversée de paysages, tous plus fantastiques les uns que les autres, et en toute liberté, il m’est un peu difficile de me réhabituer à la dictature du train qui impose son rythme monotone quel que soit le terrain:

– Rythme lent dans la première centaine de kilomètres d’une morne platitude et que l’on souhaiterait pouvoir avaler un peu plus vite car cette langueur pèse sur la pensée au point de m’endormir l’esprit à l’entrée des premiers points d’intérêt…

– Rythme rapide lors de la traversée des canyons que l’on entrevoit fugitivement une poignée de secondes avant de replonger trop vite dans l’obscurité des tunnels.

– Rythme asphyxiant dans les tunnels ou les vieux moteurs diesels fatigués et en pleine charge des motrices se chargent de vous rappeler que les yeux sont des organes sensibles et peuvent piquer…

– Rythme surprenant à l’entrée de la partie montagneuse en étant réveillé en sursaut par l’intervention de la police qui patrouille dans les couloirs du train armée jusqu’aux dents…, et qui vient de repérer Couic, que Mich vient de sortir de sa boîte de transport, alors que tout transport d’animaux vivants est interdit dans ce train…

– Rythme stressant entre les wagons pour essayer de se frayer un passage vers le seul point du wagon à l’air libre pour essayer de prendre quelques photos sans y laisser sa casquette ou un orteil.

– Et enfin rythme monotone, bercé par la longueur du voyage sous un soleil de plomb, écrasant la beauté des paysages mais respectant l’horaire, au lieu de pouvoir attendre tranquillement à l’ombre d’un pin que les beautés subliminales des multiples canyons se révèlent à l’approche du crépuscule.
Nous nous étions même bien placés sur les sièges côté droit du train pour profiter au mieux des paysages, je suis bien sorti également aux bons moments pour admirer les passages pittoresques entre les wagons pour profiter un peu plus librement du paysage que celui que l’on peut avoir derrière un double vitrage plus ou moins clair mais la magie n’a pas opéré cette fois. Pourtant les policiers ont été charmants, nous donnant simplement un avertissement…, ( va falloir être plus malin au retour!), la clim fonctionnait bien, (un peu trop même), les passagers étaient diver(ttissant)s donc intéressants à détailler mais non, mon espagnol est encore trop succinct pour pouvoir entamer une vraie conversation et j’étais content d’arriver enfin à Creel. Dès la sortie du train, des rabatteurs nous proposent gentiment les services des hôtels de la ville. Nous demandons à l’un deux de nous emmener à l’hôtel Réal de Chapultepec, un des moins cher et de bonne qualité toujours d’après le guide du routard. Pour 350 pesos (21€) par nuit nous avons droit à une jolie chambre tout confort, au repas du soir et au petit déjeuner dans un cadre correct. L’hôtel Plaza mexicana Margarita’s est certes plus exotique mais au double du prix. Nous irons donc dans cet hôtel juste pour retrouver un chauffeur qui doit nous emmener faire une excursion, après marchandage cette fois, dans les environs.
Le lendemain nous avons donc rendez-vous à l’hôtel Margarita à 8h30 pour un départ prévu à 9h…
Eh bien figurez vous qu’à 8h30 notre chauffeur était bien là!
Curieux non? Je croyais être au Mexique…
Bon, c’est vrai que notre chauffeur est bien là, mais sans véhicule et seulement pour encaisser les 400 pesos prévus pour les 5 heures de ballade…
A 9h30 on attend toujours en compagnie d’une douzaine d’autres touristes, tous mexicains sauf deux chinois antipathiques. Finalement en guise de super 4×4 climatisé on va tous finir entassés dans un vieux bus de transport scolaire recyclé. Si ça sent pas l’arnaque à touristes moyens ça y ressemble fort. Pour gagner 100 pesos (6€) adieu le minibus Chevrolet climatisé avec guide officiel et bonjour les grosses blagues paillardes dans un bus des années 60 plein à craquer. Première halte…5 minutes après le départ…devant une supérette pour que chacun puisse acheter le ravitaillement du midi! Puis seconde halte un kilomètre plus loin pour voir une habitation typique d’une famille Tarahumara qui vit dans une sorte de grotte sous un rocher! On croit vivre un remake mexicain de  » Les Bronzés vont en Tunisie » Imaginez un peu une vingtaine de clampins qui débarquent pour se précipiter sur une petite porte qui donne dans une grotte sombre de 10 mètres carrés… Le chinois fait comme chez lui et s’installe dans le noir sur la chaise devant la table pour que son pote le prenne en photo. Les flash crépitent illuminant ce décor pour touristes, je fais de même et alors que je photographie au juger dans les coins j’ai la surprise d’illuminer le visage d’une mamie qui se trouve à deux mètres de moi et que je n’avais pas vu dans la noirceur des lieux…Dehors l’étalage d’artisanat local est en bonne place et le commerce va bon train. Le public est bon joueur et pratiquement tout le monde va acheter deux ou trois babioles locales certainement Made in China pour quelques unes… A ce moment précis j’ai presque envie de retourner à pieds à Creel plutôt que de continuer avec ses braillards païens qui, au lieu de nous laisser écouter les commentaires qui ont l’air intéressants du chauffeur, préfèrent sortir à tout bout de chant des blagues bien grasses qui font glousser de rire leurs entourages de dindes. Heureusement que le rire est contagieux car finalement je décide de rester… pour mon plus grand plaisir. Entre deux crises de gloussements, les dindes et le dindon arrivent à se taire cinq minutes et José, le chauffeur va nous emmener dans des coins sympathiques où il serait intéressant de revenir seul. Nous commençons par longer les bords du lac Arareko avant de prendre des pistes improbables pour le passage d’un bus. Nous allons franchir des passage à gué que j’aurai hésiter à prendre avec Lapinou et sillonner entre d’énormes rochers avant de faire une petite marche jusqu’au pied d’une jolie cascade où nous prendrons notre casse croûte. L’après midi, retour par les pistes avec visite de la mission San Ignacio, des rochers champignons et passage à côté du cimetière qui est bondé avec tout le village qui y fait la bamboula à l’occasion de la fête des morts ce samedi 2 novembre avant le retour au bercail. Finalement on aura passé une bien belle journée avec ambiance typiquement mexicaine.

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Le lendemain, après une nuit où le ciel s’est déchaîné en déversant des trombes d’eau, il pleut encore à verse. Voilà qui va changer nos projets de via ferrata et de tyroliennes au dessus des canyons. Apparemment ils annoncent de la pluie pour les jours qui viennent aussi, à cause de Sonia, cette tourmente tropicale qui sévit sur Mazatlan et sur Los Mochis. El Fuerte n’étant pas très loin de Los Mochis, nous sommes un peu inquiet pour Lapinou et décidons de reprendre le train de 11h30 plutôt que de prendre le risque de rester bloquer ici. Nous embarquons sous des trombes d’eau et là, surprise, c’est au retour que la magie va opérer. Pas pour Couic qui va rester discrètement dans son sac durant 7 heures, surtout que cette fois on a droit à un policier en faction juste devant nous… et quand Couic remue et que l’on entend son petit grelot tinté on est un peu inquiet, mais heureusement Superflic est plus occupé à draguer les minettes de devant que de s’inquiéter du contenu de nos sacs.
La pause à Divisadero, quelques minutes après le départ, se fait toujours sous la pluie, les échoppes de taccos sont moins nombreuses qu’à l’aller et les clients se serrent sous les toits en tôles ondulées en essayant d’éviter les gouttières. Quelques optimistes se risquent à parcourir la centaine de mètres jusqu’à l’esplanade qui donne sur l’espace panoramique où la vue sur les canyons est magnifiquement camouflée sous la brume… 1/4 heure de pause ça passe vite et lorsque le train repart une mémé Tarahumara hurle « Pépé! Pépé!… »
…le bourricot n’a pas vu le temps passé bien que le train est sifflé longuement avant de repartir!…et le train s’arrête de nouveau pour que le retardataire puisse remonter à bord! Ambiance mexicaine! Nous longeons des ruisseaux grossis par les intempéries et plus on descend plus les flots deviennent tumultueux, pourvu qu’ils n’emportent pas un morceau du ballast! Le temps s’éclaircit un peu maintenant et le paysage se révèle dans toute sa majesté. Ici ou là, quelques sommets commencent à émerger de la brume, ailleurs c’est un petit nuage accroché à un vallon qui donne un relief particulier au lieu, de partout la montagne alentour reprend vie avec toute cette eau qui jaillit de la moindre faille, avec toutes ses couleurs qui émergent de nouveau à travers la brume qui se dissipe. Le rythme du train semble s’être adapté aux conditions météorologiques, il serpente lentement entre les gouttes de pluie en nous laissant cette fois le temps d’apprécier les canyons qui s’offrent à nous sous leurs meilleurs angles. Nous aurons même droit en abordant la zone des plaines à un coucher de soleil féerique. La magie a belle et bien, une fois encore, jouée son rôle, en intervenant là ou on ne l’attendait plus.
…Ne rien attendre de rien…
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Lapinou n’a pas été emporté par les flots, certes le terrain alentour est bien boueux mais rien de catastrophique. En cherchant des infos sur Sonia je tombe sur un journal local du mois dernier…
Oups!!! Surtout ne pas lire les infos locales ici…
C’est comme chez nous, il n’y a pas écrit que régulièrement des touristes viennent ici passer quelques jours merveilleux, seule la sordide routine quotidienne est étalée…sauf qu’ici ce n’est pas vraiment la même routine quotidienne que chez nous.
Il y est question de petits villages de campagne entièrement rasés et brulés par les gangs armés des cartels de drogue, la population hommes, femmes et enfants décimée à grandes rafales de kalachnikov, et comme il y a plusieurs cartels, les représailles ne se font jamais attendre et c’est rapidement un autre petit village qui morfle. Les voitures qui sillonnent la ville avec la radio à fond où passe en boucle des chansons exaltants les rapports conflictuels entre le gouvernement et certains locaux prennent soudain une autre image folklorique moins glamour… Tout cela se passe dans des endroits très, trop proche de nous. Et quand on arrive au passage barbare où un homme est abandonné, démembré sur la chaussée, pour que les voitures roulent encore dessus, on tourne vite la clé de contact de Lapinou pour s’enfuir plus au sud…
Autant jusqu’à présent on trouvait la présence de tous ses militaires et policiers armés jusqu’aux dents folklorique, autant maintenant on les voit d’un autre œil…
On file donc sur Mazatlan, ville pas vraiment bien réputée non plus mais passage obligé pour aller dans le sud. Dans la soirée nous traversons Culiacán, la chaleur y est suffocante et nous nous rapprochons de la mer dans l’espoir de trouver un endroit plus frais pour bivouaquer. Il fait nuit maintenant, la route n’est pas très bonne et il devient difficile de voir les trous et les topes. Tant pis pour la mer, on fait halte à El Dorado, le nom parait sympa. On rentre dans le village qui grouille d’animation, on tourne un peu pour trouver un coin plus tranquille et on finit par trouver une église pleine de fervents au bord d’une place bien éclairée. Devant les maisons, les habitants devisent en famille dans la rue, assis sur des chaises en plastique ou sur le capot des voitures. Des jeunes jouent au ballon sur la place, nous nous garons et allons demander à un groupe d’anciens qui discutent devant une maison si nous pouvons passer la nuit ici. Ils sont sympa et un gros costaud me dit que si on a un problème, il habite ici et il ira casser la gueule de l’importun…Bon, on n’a pas vraiment envie de continuer à faire le tour de la ville et on va faire avec. Il me demande juste de bien serrer Lapinou contre le trottoir. Je remarque alors que toutes les fenêtres et toutes les portes d’entrée des maisons sont protégées intégralement par des barreaux…Les murs d’enceinte sont également délicatement ornés de tessons de bouteilles…Des jeunes font ronfler une moto non loin de là sans échappement…Heureusement que le lieu est bien éclairé! J’espère juste qu’ils ne coupent pas le courant à 23h…
En passant à Culiacán, j’ai acheté à un vendeur ambulant un journal local pour avoir des nouvelles de Sonia. La tempête est bien passé ici et El Dorado a été partiellement inondé à tel point que les transports scolaires et donc les cours ont été annulés encore aujourd’hui. Un autre article parle de…guerre des gangs! Tiens ça change un peu, on a mis 400 kilomètres entre El Fuerte et nous, mais nous sommes toujours dans l’état du Sinaloa…Cette fois c’est dans la ville à côté d’ici qu’un gars c’est fait mitrailler dans sa voiture en pleine ville à 11h du matin…Lui et un gamin de 12 ans sont partis vers un monde certainement meilleur!
J’aurai peut être du acheter un fourgon de la Brinks plutôt que Lapinou…
On va passer une nuit bruyante et chaude mais sans problème de sécurité. Les gros bras d’à côté n’auront pas été sollicités…
On reprend la route vite fait pour sortir de cet état où la délinquance due au trafic de drogue à l’air importante. Attention, nous n’avons jamais été inquiété ni vu d’acte de délinquance partout ou nous sommes allés, c’est juste à la lecture des journaux locaux que l’on s’est rendu compte que les américains avaient certaines raisons d’avoir une vision effrayée de quelques parties du Mexique et qu’il semble effectivement plus que recommandé d’éviter de sortir des itinéraires touristiques en espérant ne pas se trouver au mauvais endroit au mauvais moment…
Nous allons donc rouler toute la journée jusqu’à San Blas, 500 kilomètres plus loin. On retrouve une zone plus touristique, les hôtels et les campings pour touristes américains refont leurs apparitions. De toute façon je n’achète plus de journaux! On trouve un camping sympa dans une petite palmeraie avec Wifi d’où je peux vous envoyer des nouvelles rassurantes.
Seuls les meilleurs survivrons!

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Commentaires sur: "El Fuerte et El Chepe" (2)

  1. Stef Pab. a dit:

    Salut Phil, si tu avis mis tes lunettes sur le nez, tu aurais vu que la dernière page de ton journal est plus belle que la première…

    • C’est pas faux mais quand tu as lu les deux premières pages qui ne parlent que d’assassinats et d’enlèvements tu jettes vite le bazar à la poubelle…
      Mais je vois qu’ils y en a qui détaillent sérieusement les photos à la loupe!
      Fait bon être jeune, tiens!
      Bises à tous

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