We have a dream…

La Louisiane 2

Pour le moment ma frustration d’espace vert infini et librement accessible s’accentue gravement et nous tentons une nouvelle incursion dans un state park, le North Toledo Bend State Park (Loiuisiana) est situé au bord d’un immense lac bordé par des forêts. L’accueil est sympathique et nous pouvons aller voir les emplacements pour choisir celui qui nous conviendra le mieux. Le camping se trouve bien au bord du lac, mais dans une épaisse forêt…qui masque toute vue sur le lac! …Il y a bien une piscine…mais elle ouvre demain! Par contre on peut louer une barque pour aller se promener sur le lac. Le coin n’ayant pas l’air trop mal, on opte d’abord pour une nuit et une barque, le tout pour 40$. Il est 17h et il fait très chaud. On saute donc direct dans la barque…pour aller finir de se griller sur l’eau! Vraiment pas fût fût ses ploucs. C’est seulement quand on va rentrer une heure plus tard bien cramés que l’on croise enfin les bateaux de plaisance qui commencent seulement à sortir pour profiter du soleil couchant et de la température qui consent enfin à baisser un peu. J’avais caressé l’espoir de pouvoir me baigner mais l’eau est très sombre, peu profonde et surtout personne ne se baigne… il y a peut-être encore des alligators dans le coin? Qui sait! C’est donc finalement sous la douche que l’on va se refroidir un peu avant de profiter d’une belle soirée au bord de l’eau…sauf que le coin est infesté de moustiques dès la nuit tombée, donc la soirée bucolique c’est déroulée dans le camping car, derrière les moustiquaires dans une chaleur rendue suffocante par l’absence totale du vent bloqué par la haie que forme les arbres entre le lac et notre emplacement…Heureusement que nous avions acheté un ventilateur sur pile, il va tourner toute la nuit et nous éviter de crever la bouche ouverte. Je me suis fait un souci d’encre toute la nuit pour Couic, l’imaginant sans cesse les 4 pattes en l’air et le ventre tout gonflé à notre réveil…(Comme les nombreux raccouns que l’on voit au bord des routes ici) C’est donc avec bonheur qu’au petit matin dès que nous avons commencé à remuer un peu, j’ai entendu le frétillement du petit grelot accroché à son collier. Seuls les meilleurs survivrons…

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Nous ne renouvellerons donc pas le bail et quittons les lieux le lendemain. Nous n’avons vraiment pas de chance avec nos state park, soit les seuls animaux que nous côtoyons sont des moustiques, soit les Rangers sont grincheux, soit ils ne sont surement pas mal…mais complets!
Pour l’heure, on revient sur nos pas car j’ai repéré sur la route menant à ce State Park un superbe coin, au bord d’un lac, dans une pinède avec un petit pont aménagé pour la pêche qui me parait idyllique pour y passer une nuit. Il y a même une entrée sans panneau « Private No TREPASSING » et sans le traditionnel « no parking overnight » dont on a fait une overdose en Floride.
On s’installe à l’ombre dans un joli petit coin avec vue directe sur le lac, sur le ponton de pêche et sur la nature. Le rêve. …Y a plus qu’à attendre la police…
Sur le ponton il y a Jay, un pêcheur noir à la mine patibulaire. Un rapide coup d’œil circulaire me confirme que nous sommes bien seuls au monde dans ce petit coin de paradis. Deux ploucs, un rat et un noir. Même le rat a peur du pêcheur…et nous avons beau traîner Couic sur le ponton, elle ne pense qu’à retourner sur la presqu’île. L’ambiance est un peu surréaliste mais le voyage c’est aller au contact de l’autre, alors je vais vaillamment au combat, heu non, au contact…! D’abord s’habituer à l’accent du coin…, puis sourire bêtement (là, je suis devenu excellent) pour enfin pouvoir essayer d’amorcer une conversation et voir si notre interlocuteur a envie de partager une tranche de vie avec nous.

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Et là, bingo! Jay, 38 ans, est curieux et passionné de pêche. Comme il voit que je m’intéresse à sa passion, un dialogue s’établit et nous allons passer deux jours formidable. Le coin est désert…jusqu’à une certaine heure, nous dirons vers 17 heures. En fin de journée le poisson devient plus vorace et la période de dure labeur pour ceux qui y sont assujettis tirant à sa fin, le coin se remplit vite. Jay se révèle être la vedette du coin, il passe toute ses journées ici,…depuis 38 ans…,et il connaît bien sûr tout le monde, si on ajoute à cela qu’il possède un certain talent de comédien, l’individu n’est pas vraiment triste. Il semble assumer avec une belle philosophie sa vie simple dans ce bout du monde. Pas de voiture, pas de boulot, pas d’enfant, un petit appart en location pour 110$ par mois dans lequel il héberge sa copine et sa voiture…Je suppose qu’il doit toucher quelques indemnités équivalentes au RSA chez nous et il fait de temps en temps le disc-jockey pour arrondir ses fins de mois ainsi que parfois la vente de poissons…et cela suffit à son bonheur. Quand il me demande quel est le prix de location d’une petite maison en France, son regard est devenu incrédule (heureusement que je lui ai annonce les prix en Haute-loire et pas les prix parisiens…) et cela le conforte dans son idée que le paradis c’est bien ici (…et maintenant). Alors que je me renseigne pour savoir si on peut rester là la nuit il m’annonce la venue du chef de la police du coin…un immense black à l’allure autoritaire qui fait immédiatement passer Jay pour un gentil garçon…En plus ils ont tous tellement un accent à couper au couteau qu’on finirait bien par se croire en terre étrangère… Nous comprenons vite mais il faut juste nous expliquer un peu plus longtemps que les autres…Marvin, le colossal poulet, nous explique qu’il y a plusieurs polices aux states, une police nationale qui peut agir sur tout les USA, une police de State qui agit seulement dans son état, une police de County qui agit juste sur le comté, une police de Town dont le territoire se résume à la ville et enfin une police de communities qui s’occupe des lieu dit…Je n’ai pas du tout comprendre mais dans les grandes lignes ça doit être ça. Pourquoi faire simple quand on peut faire compliquer…Et pour revenir à notre cas, nous allons toucher du doigt la …complexité « simple » du système qui, avec de l’humanité pour huiler le système peut fonctionner parfaitement mais dont je n’ose imaginer la lourdeur en mode de fonctionnement européen…
Donc, Marvin est responsable élu d’un ensemble de communities (ensemble de lieu-dit) et nous sommes sur le territoire d’une community qu’il administre. Nous lui demandons donc officiellement l’accord de pouvoir rester la nuit dans ce petit coin de paradis. La grande brute épaisse s’avère en fait pouvoir être très sociable et cordiale. Jay me dira plus tard que Marvin est très apprécié et respecté par les habitants car autant il peut paraître gentil, autant, si le moment l’impose, il sait « dixit Jay » très bien faire le gorille…
J’imagine parfaitement la scène…
Heureusement on a du tomber sur le Marvin des bons jours!
Donc comme j’explique à Marvin que l’on apprécierait fortement de ne pas être déloger la nuit par la police…, il me répond que nous n’avons absolument aucun souci à nous faire puisque c’est lui le responsable du secteur et que nous avons son accord…mais qu’il va quand même informer la police de Zwollee, la ville dont dépend son secteur, pour que la patrouille de nuit passe par ici pour contrôler que tout se passe bien en toute sécurité pour nous…J’en profite pour lui demande de quoi ils ont tant peur, puisque au USA, tout le monde semble surveiller tout le monde. Il semblerait justement que se soit parce que la police est omniprésente et sur-informée par le bon peuple de tout mouvement « suspect » que la sécurité puisse être assurée. En tout cas nous pouvons dire que leur système, complètement à l’opposé du nôtre, fonctionne parfaitement. C’est ainsi que, pour la première fois à la nuit tombée, nous avons vu arriver sans trop d’appréhension une voiture de police. Nous sommes toujours avec Jay, en train de déguster les perches blanches qu’il vient juste de pêcher et qu’il nous a écaillées, vidées et offertes de bon cœur. Mich a juste eu à les rouler dans la farine sous l’œil attentif et un peu inquiet de Jay, à les saupoudrer d’épices maison (fournis également par Jay) avant de les jeter dans la poêle pour les faire frire dans un peu d’huile. Jay parait surpris de la façon dont Mich les cuisine car les américains mangent toujours le poisson frit sous forme de beignets, mais il est disposé à faire de nouvelles expériences. Nous sommes les premiers français qu’il voit, comme tous les gens avec qui nous avons sympathisé pendant ses 2 jours d’ailleurs, et il semble très honoré par notre compagnie. Cela nous a fait chaud au cœur de voir le bonheur que peut apporter simplement notre étrange présence à tout ses gens qui ont su rester authentiquement simple et accueillant. Ma quête d’un peu d’humanité est vraiment en bonne voie.
Mais revenons à notre voiture officielle, pour une fois nous n’avons pas droit au projecteur de 1000 watts dans la gueule…La dernière fois en Floride, Michèle a cru qu’il faisait jour…c’était pourtant juste après minuit! Les policiers, ici aux USA, sont très nombreux mais toujours seuls à bord de leurs véhicules de patrouille, donc quand ils interviennent de nuit c’est pour essayer de faire toute la lumière… et ils mettent toujours un temps pas possible à sortir de leurs voitures…Je pense que c’est parce-que ils doivent d’abord devoir informer leur base, soit par radio, soit par leur ordinateur de leurs opérations en cours…
Alors que je me lève pour aller à la rencontre du policier, pensant qu’il s’était peut-être endormi…, Jay me dit de rester cool, et qu’il allait bien finir par arriver tout seul! …C’est ainsi que nous avons terminé notre repas et partagé une bonne partie de la soirée à discuter avec un nouveau copain, officiellement émerveillé par notre voyage. Le métier de policier est vraiment pratiqué et vécu ici différemment de par chez nous! L’obsession de sécurité semble être une réalité viscérale chez eux et un point d’honneur à être maintenue. Le lendemain, Jay me dira que le policier se sentait vraiment inquiet et responsable de notre bien être. Parce-que nous venions de loin et que les Américains ont le sens de l’accueil ..et de la sécurité, en tant que Policier, il était responsable de nous et il devait faire le maximum pour nous éviter un risque quelconque. A tel point qu’il avait même programmé plusieurs passages de ronde durant la nuit…Quand on pense que chez nous, il faut que l’on soit mourant pour qu’ils acceptent de se déplacer pour arriver finalement après l’enterrement…
Le plus savoureux, c’est que, à la fin de la soirée, c’est le policier qui a ramené Jay chez lui, avec les cannes à pêche et tout le barda dans le coffre de la voiture officielle…on se serait presque pris pour des personnages importants.
Donc après une nuit méga tranquille, on ouvre les yeux vers 7h pour apercevoir notre Jay déjà sur le ponton en train de pêcher. Nous avions promis de tenir le café chaud pour 8h à Marvin et nous installons la table dehors pour recevoir tous le monde. Je vais trouver Jay sur le ponton où il me montre, très fier, un sac de filets de poissons congelés qu’il a ramené de chez lui dans un sceau bourré de glaçon. Il nous en avait parlé hier quand on se régalait de sa pêche du jour et nous avait demandé à quelle heure nous pensions partir. Nous lui avions annoncé vouloir décoller vers midi et de peur de nous manquer, il n’avait pas dormi de la nuit et c’était fait ramener ici par une copine qui partait au boulôt au petit matin! Jay me tend donc son sac et comme je lui dis que la quantité est trop importante il me repond:  » Pas du tout, tu va voir, on va tous les manger tout à l’heure! »….?
Je sors mon porte-feuille pour le payer mais il se fâche tout noir en me confirmant que c’est un vrai plaisir pour lui de partager du temps avec nous et que la façon dont Mich prépare le poisson lui plait bien et qu’il faut qu’elle refasse pareil avec ses filets.
Pour le moment je pense plutôt à déjeuner et alors que le thé est chaud et que nous allons passer à table, un vent violent se lève,forcissant rapidement et apportant un ciel noir inquiétant. Nous rentrons précipitamment le contenu de la table dans Lapinou, près à déjeuner à l’intérieur mais Jay nous invite fermement à évacuer les lieux. Les tornades sont fréquentes ici et il est dangereux de rester ainsi au milieu des bois. Nous passons de l’autre côté de la route nous abriter derrière une station service abandonnée. Les éléments se déchaînent avec une violence et une rapidité inouïe. Après le vent violent, il pleut maintenant des trombes d’eau puis 1/2 heure plus tard, tout est redevenu calme et inoffensif. Nous retournons donc dans notre petit coin de paradis, finir notre petit déjeuner et offrir le café à Marvin qui arrive finalement avec une heure de retard, la micro tornade ayant déraciné un arbre qui était tombé sur la route. Au repas de midi, un vieil indien de pure souche vient se joindre un moment à nous. Comme il ne sait pas où se trouve la France, Mich va chercher l’Atlas pour lui montrer. Jay, Marvin et Géronimo* (nom d’emprunt) sont tous nés ici et n’ont aucune envie de partir ailleurs. Leur vie semble d’une simplicité déconcertante et ils se sont parfaitement fondus dans leur environnement en utilisant les ressources locales qui leurs permettent de subsister à moindre coût. La chanson de Balou me vient à l’esprit « Il en faut peu pour être heureux, vraiment très peu pour être heureux, un peu d’eau et de verdure, que vous prodigue la nature, et vous serez un homme très bien léché… »
Ce qui ne les empêchent pourtant pas d’être ouvert au monde extérieur et d’apprécier la venue de ses curieux étrangers au rat froussard.
Après nous être encore régalé tous ensemble avec les poissons de Jay cuisinés à la française, nous larguons les amarres en promettant, à leurs demandes pressantes, de leurs faire de nouveau l’honneur de revenir les voir si un jour notre errance venait à nous ramener sur leur terre de prédilection, home de la première puissance mondiale… aujourd’hui…
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Commentaires sur: "La Louisiane 2" (5)

  1. Malou Bruneton a dit:

    super !!!!! BONNE ROUTE et prenez bien soin de vous AMITIES

  2. Durand a dit:

    Bon et les crawlers c’est pour quand ?

  3. Pascale a dit:

    Belle petite histoire…bisous à vous

  4. marie.claude a dit:

    salut ma petite Michelle je suis ton voyage avec bonheur que de belle chose et de belle personne que vous rencontrés j ai mis du temps mais voila un message..je pense souvent a vous trois embrasse couic pour moi . j attend de tes nouvelle avec impatience bisous a vous Marie claude .

    • Merci Marie Claude pour ton message il m’a fait énormément plaisir j’ai cru que tu m’avais oublié je te fais de grosses bises ainsi qu’à toute la super équipe

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