We have a dream…

Le TURKEY RUN STATE PARK (Indiana)

Nous décidons de nous poser deux jours dans un camping pour essayer enfin de sortir nos chaises longues…et de lire un bouquin sous le soleil placide de l’Indiana.
Monsieur Brown, l’antiquaire sympathique de Zionsville nous avait chaudement recommandé ce parc situé au milieu de canyons où le paysage nous apparaîtrait comme « amazing », incroyable, stupéfiant.
Il fait enfin beau et chaud en ce lundi 15 avril lorsque nous arrivons à l’entrée du Turkey Run state park. Il est 17h30 et il est trop tard pour acheter un ticket d’entrée à 7 $. Nous allons nous installer au camping municipal qui jouxte le parc. C’est immense, avec de grands emplacements, barbecue et table extérieure en bois sur chaque place, plusieurs locaux sanitaires, jeux pour enfants, station de vidange et d’approvisionnement d’eau, etc…tout est nickel sauf….que nous sommes seul!

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Comme d’habitude on est hors saison…L’entrée est libre, soit un gardien passe encaisser le coût du séjour le soir, soit on laisse le montant des nuits passées dans la boîte à lettre à l’entrée…
Dommage, la gardienne est passée les deux soirs…
On doit vraiment avoir une tête de truands qui avait l’intention de partir sans payer!
C’était peut-être pas faux…allez savoir!

Le premier soir on étudie la documentation du parc, il fait enfin bon, 25° alors que le soleil vient juste de se coucher. On part faire une petite reconnaissance à pied et en tee-shirt dans la forêt environnante, les écureuils s’en donne à cœur joie, nous ressentons un vrai bonheur de retrouver enfin un peu de douceur météo.
Il y’a onze chemins de randonnée tracés sur le parc avec une échelle de difficulté qui va de modéré à très accidenté…le n°3 et le n°9 sont « very rugged »…hé hé, surtout ne pas montrer le plan à Mich…
Première nuit, seul sur cet immense camping,
…deux heures du matin…
Un orage dantesque éclate sur la forêt et illumine la clairière qui nous sert de camping, un phénomène d’écho amplifie le grondement terrifiant des roulements des coups de tonnerre qui n’en finissent plus de faire vibrer le camping car. Une pluie intense et drue s’abat maintenant bruyamment sur le toit de Lapinou. L’affiche, apposée sur la porte du local sanitaire, qui nous incite à aller s’y réfugier en cas de tornade me revient à l’esprit…
Comment on différencie une tornade d’un gros orage…?

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Le matin il ne pleut plus mais la température est tombée à 14°…avec une belle et fraîche humidité ambiante… C’est déjà râpé pour les chaises longues aujourd’hui …On profite de l’accalmie momentanée pour tenter une sortie sur ses fameux chemins de randonnée au bord de falaises impressionnantes…dixit le dépliant.
Bon…, c’est vrai que, comparé à la morne platitude des plateaux environnants, le site détonne mais les sentiers n°1,2 et4 du matin sont justes bons à promener mémé, mais c’est une bonne mise en jambe pour les chemins que je prévois de faire l’après-midi… Le tonnerre recommence à gronder vers 11h et nous oblige à enfiler rapidement nos ponchos. Couic a oublié le sien et ressemble rapidement à un bon gros rat d’égout. C’est donc avec plaisir que nous retrouvons la chaleur de Lapinou pour la pause de midi…qui va se prolonger jusqu’à tard dans l’après-midi en raison d’une pluie dense et ininterrompue. On en profite pour se détendre, se vautrer dans le lit et lire.
17h30, fin de la pluie. Normalement il fait jour jusqu’à 20h30 et je tiens à voir ses fameux canyons, ses chutes impressionnantes, ses passages d’échelles vertigineux inaccessibles à mémé, etc…alors on fonce.

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Couic va heureusement rester au chaud pour garder Lapinou et peut-être lire la notice du parc qui stipule que certains chemins utilisant le fond des canyons peuvent devenir glissants et impraticables durant les hautes eaux, que les échelles utilisées sur certains chemins peuvent être dangereuses… mais qu’ils existent des chemins alternatifs.
En ce qui nous concerne, on saute dans nos ponchos encore humides, et gaz!
Mémé a qu’à bien se tenir, cette fois ça va pas être de la guimauve.
La première partie du n°3 est sympa, le changement avec les chemins parcourus le matin est radical, nous nous faufilons entre de gros blocs rocheux en bordure de la rivière principale ou sont aménagés des espaces d’observation de la faune. Le dépaysement enchanteur commence à agir, puis nous suivons le n°5 qui continue à longer la rivière principale pour nous amener à Falls Canyons, départ du n°9… Noté comme very rugged.
…Se présente la première descente dans le canyon,… moi avec mes rangers et Mich avec ses petites baskets et son parapluie rose à la main…
…singing in the rain…

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Puis le chemin remonte le lit du canyon avec quelques passages aménagés dans la roche le long de petites cascades sympathiques. Mich après quelques couinements a encore l’espoir de garder ses pieds au sec et nous ressortons victorieux de ce premier canyon. J’attend avec impatience les fameuses échelles et nous arrivons bientôt dans un autre canyon: le Boulder Canyon. Michèle abandonne rapidement l’espoir de garder son pied droit au sec dans un grommellement craintif.

Le chemin devient plus escarpé et acrobatique. Il recommence à pleuvoir légèrement. Une belle cascade passe à travers la parois du canyon qu’un gros rocher semble avoir transpercé. Je suis aux anges et Mich entame sa descente aux enfers. Nous sortons encore victorieux des éléments et une longue marche dans les bois s’ensuit pour nous amener enfin à la grande dépression…et à ses fameuses échelles qui tombent directement dans l’eau tumultueuse…
Bon, faut quand même pas exagérer, même avec l’orage il doit y avoir maximum 40 cm de flotte dans les trous d’eau…pas de quoi casser la papatte du cochon. C’est vrai que le bruit des cascades tout autour est assez impressionnant, voir infernal pour Mich qui refuse absolument de descendre les échelles! Pourtant la vue d’en bas est féerique…voir apocalyptique!

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J’abandonne l’idée de garder mon pied gauche au sec et continue seul la descente du canyon pour voir si la sortie est pratiquable et si cela vaut le coup de dépenser de l’énergie à essayer de convaincre Michèle… Ses cris lorsque je disparais de sa vue au fond de mon canyon me décourage d’utiliser ma salive et ma patience, en plus il faudrait maintenant marcher des deux pieds dans l’eau et elle n’est pas encore tout à fait prête. De toute façon, avec le détour que cela va nous faire faire maintenant, la prochaine difficulté rencontrée va devoir être abordée différemment. Wait and see…
On quitte donc le very rugged 9 pour le very rugged 3… pour se retrouver rapidement devant l’entrée d’un nouveau canyon…il commence à faire plus sombre, il pleut légèrement et l’endroit devient fantastique. Mich tente un détour par les hauteurs mais nous finissons toujours par arriver à un croisement de canyons de plus en plus inhospitaliers. L’heure tourne et maintenant il faut prendre des décisions. Nous nous enfonçons dans le canyon qui nous rapproche le plus rapidement du pont suspendu proche de la sortie du parc mais le niveau d’eau plus important, l’encaissement du canyon, l’engagement technique rendant difficile tout retour en arrière en cas d’impossibilité de poursuivre notre marche et la tête de merlan frit qui me suit m’incite à faire demi tour pendant qu’il est encore temps. Une petite lueur d’inquiétude commence à poindre le bout de son nez. Il commence à se faire tard, on n’a pas de lumière, pas de couteau, pas de téléphone, pas de vivre, des vrais beaufs quoi, avec en plus la fatigue qui commence à se faire sentir…

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Nous tentons de sortir du canyon par un autre passage mais nous sommes rapidement bloqué par une cascade . Il y a bien un passage un peu moins aquatique sur un côté, c’est un peu acrobatique mais Michèle parvient à passer le surplomb et à se stabiliser en rampant au milieu de la boue, des feuilles mortes et en s’accrochant aux moindres aspérités de la roche. Ca devient intéressant! Par contre pour moi, il n’y à plus personne pour me faire la courte échelle…et c’est encore un peu tôt ou un peu tard pour prendre une douche intégrale…
Je cherche un morceau de bois pour me servir d’échelle et après deux ou trois tentatives, je trouve un équilibre précaire me permettant de me hisser au dessus du surplomb et la main salvatrice de Michèle me permet de m’extirper de ce piège. Nous rejoignons le haut de la colline à travers les bois mais nous sommes bientôt entourés par tout un tas de petits canyons dont les parois verticales serpentent à droite, à gauche…devant. Le temps presse et il faut impérativement rejoindre nos traces sans se retrouver bloquer à l’aplomb d’un canyon. Je repère enfin un chemin …sur l’autre rive! Nous trouvons un passage pas trop abrupte et surtout sans parois verticales par où nous pouvons nous laisser glisser jusqu’à l’eau. De retour sur nos traces il faut faire un choix: après une étude approfondie du plan du parc soit on réessaye le passage le plus rapide par le canyon étroit soit on fait un grand détour de 5 kms environ. Mich opte pour le détour. A partir de maintenant il va falloir faire preuve d’efficacité si on veut espérer être rentré avant la nuit! Michèle retrouve de l’énergie, l’angoisse là motive et là voilà partie à trotter comme un lapin!…
…vite arrêté par le premier passage à gué…! Quand à moi, de toute façon, mal parti pour mal parti, ce n’est plus le moment de faire dans la dentelle ni de perdre du temps à essayer de sautiller de cailloux en tronc d’arbre et vice versa pour essayer d’économiser un bout de chaussette sèche alors je choisis la méthode Timberjack: tout droit et soit ça passe, soit ça… passe…de toute façon c’est notre dernier joker et on n’a plus le choix avant d’appeler l’hélico. Mich, devant moi sur le terrain sec, …à la remorque dans les traversée des torrents, et moi formons une fine équipe qui trace maintenant son chemin avec détermination. Je suis maintenant mouillé jusqu’à la taille après un saut dans un trou d’eau dont j’ai mal apprécié la profondeur…mais maintenant le chemin n°4 s’élève enfin et nous ne devrions plus croiser de ses ruisseaux encaissés et grossis par la pluie.
Le jour décline et nous marchons toujours d’un bon pas, il fait maintenant presque nuit et nous imaginons les Rangers déjà à notre recherche après avoir découvert Lapinou seul sur son parking avec à son bord Couic hurlant à la mort…
Enfin le fameux pont suspendu libérateur apparaît dans le clair de lune avec des formes qui s’agitent dessus…il y’a bien trois ou quatre personnes qui semblent regarder dans notre direction. Qu’allons nous bien pouvoir dire aux Rangers sans passer trop pour des billes? Il pleut, il commence à faire frais, le parc est censé fermer à 17h, interdit d’accès de nuit et il est bientôt 21h…nous nous attendons à nous faire sermonner, nous longeons la rivière en faisant profil bas et arrivés à quelques mètres du pont, les voix deviennent plus fortes et une agitation nouvelle anime le groupe sur la passerelle. Nous gravissons les dernières marches d’entrée du pont pour nous trouver face à face avec…
… non pas un tas de Rangers énervés mais un groupe d’observateurs animaliers munis d’appareils photos aux énormes téléobjectifs qui était certainement à l’affût de ses Deers (sorte de biches)ou autres grosses bestioles venant s’abreuver près de la rivière à la tombée de la nuit. Nous sentons une profonde déception dans leur attitude, à notre passage personne ne répond à notre bonsoir ou nous demande ce que nous foutons ici à cette heure, trempés et plein de boue…Je pense qu’ils ont du croire lors de notre passage le long de la rivière à la présence de quelques cervidés et qu’ils s’étaient tous préparés aux photos du siècle et que, passé la surprise, la déception de pouvoir photographier seulement deux écervelés, venait de quelque peu les contrariés, leur enlevant toute envie d’en savoir plus sur nous. Dommage, on leur aurait bien dit que nous venions de suivre les traces d’un troupeau d’éléphants roses partis faire la descente des canyons en rappel à bord de pirogues inuits…
Finalement les Rangers et le monde entier se foutent bien de nous, et Couic attend toujours tranquillement dans Lapinou, seul sur son parking. L’ordre des choses ne sera pas changé aujourd’hui et c’est parfait ainsi. TURKEY RUN State Park, souvient toi…

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Commentaires sur: "Le TURKEY RUN STATE PARK (Indiana)" (2)

  1. Archer a dit:

    Une aventure qui m’aurais bien plu !!! quelle chance, continuez à me faire rêver. Bisous à tous les 2euh 3 j’oubliais le york laqué ou encore le rat d’égout mon ami Couic !!

    • Fait toi parachuter en Floride et on te récupère…
      Nous sommes heureux de pouvoir communiquer un peu de notre rêve et de voir que vous êtes nombreux à suivre le blog. Cela nous motive pour continuer à l’alimenter.
      Gros bisous à toi Pascale et à toute l’équipe
      PhiletmichetcouicetLapinou

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